Finaliste officiel depuis juin 2025, Massy s'appuie sur une desserte multimodale exceptionnelle...Mais l'opposition locale, structurée autour du collectif Nous Sommes Massy, a fait basculer le débat : 74 % de votes contre lors d'une consultation citoyenne, et un référendum officiel promis qui va transformer ce projet en usine à gaz.

Statut du projet : finaliste officiel depuis le 10 juin 2025. Le PSG a retenu Massy et Poissy comme les deux derniers sites en lice pour son futur stade. L'option massicoise s'appuie sur une desserte multimodale exceptionnelle (RER, TGV, ligne 18 du Grand Paris Express, accès Orly) et un foncier déjà artificialisé sur la zone des Tuileries. Mais l'opposition locale, structurée autour du collectif Nous Sommes Massy, a fait basculer le débat : une consultation citoyenne organisée le 3 décembre 2025 a recueilli 74 % de votes contre sur 3 571 bulletins. La mairie, réélue en mars 2026, a promis un référendum officiel à l'issue des études. Décision finale du PSG attendue à l'automne 2026.
Dates clés et infos clés du projet (ordre décroissant)
Publication d'une analyse académique du projet par Géoconfluences (ENS Lyon), qui décrit Massy comme un cas d'école d'un « conflit d'usages » en banlieue francilienne
Première grande réunion publique organisée par la mairie : plus de 150 habitants découvrent les ambitions du PSG sur la ZAC de la Bonde et la zone des Tuileries
Visite du Parc des Princes par 15 Massicois tirés au sort lors du match PSG-Auxerre, organisée par la mairie pour observer la vie d'un soir de match
Le conseil municipal de Massy vote à l'unanimité l'exigence d'un référendum décisionnel à l'issue des études
Dans le magazine municipal, Nicolas Samsoen appelle au calme (« Calmons-nous un peu ») et précise qu'il préfère les Tuileries à la ZAC de la Bonde, qu'il veut préserver en tant que terres agricoles
Dans l'histoire du dossier stade du PSG, Massy est arrivée tard. Vraiment tard. Quand Le Parisien révèle, le 9 janvier 2025, que les dirigeants parisiens lorgnent deux terrains essonniens, Saint-Quentin-en-Yvelines a déjà douze mois d'avance, l'hippodrome de Saint-Cloud a été refroidi par France Galop et son maire, Aulnay-sous-Bois et Gonesse végètent. La 3e ville de l'Essonne n'avait pas mené campagne. Elle entre dans le jeu par la porte technique : un foncier disponible à deux pas d'un nœud de transports parmi les plus performants d'Île-de-France, et une mairie déjà convaincue qu'il fallait faire quelque chose des Tuileries.
C'est précisément ce qui distingue Massy des autres candidatures. Et c'est aussi ce qui rend son sort si incertain. Là où Saint-Quentin-en-Yvelines a perdu sur l'écologie et le politique, là où Saint-Cloud a perdu sur le patrimonial, Massy joue sur un terrain plus banal — et franchement plus imprévisible : celui de l'opinion publique d'une commune de banlieue qui ne veut pas être transformée en « PSG Land ».
L'apparition de Massy dans le dossier doit beaucoup à un autre site qui n'a pas tenu : Ris-Orangis. Le 17 décembre 2024, Victoriano Melero et Nicolas Ramillon, respectivement directeur général et directeur immobilier du PSG, visitent l'ancien hippodrome de Ris-Orangis, 97 hectares à l'abandon depuis plus de vingt ans. Le terrain est immédiatement disponible — un atout rare. Sauf que à 32 km du Parc des Princes, il dépasse le rayon de 20 km que le club s'est fixé dans son cahier des charges. Ris-Orangis sera écarté.
Trois semaines plus tard, le 9 janvier 2025, Le Parisien publie l'info : le PSG s'intéresse désormais à Massy, à 17-20 km au sud-ouest de Paris. Deux terrains contigus sont sur la table. La ZAC de la Bonde, 72 hectares à cheval sur les communes de Massy, Champlan et Chilly-Mazarin, et la zone commerciale des Tuileries, 20 hectares en friche occupés par un Carrefour. « Le premier terrain serait situé sur des terres agricoles de la ZAC de la Bonde », écrit Le Parisien. À cette date, c'est bien la Bonde qui semble en pole position dans l'esprit des dirigeants du PSG.
Mais la Bonde a un défaut technique massif que la presse locale repère immédiatement. « Un radar de l'aviation civile est installé sur le secteur de la ZAC de la Bonde. Il sert à guider les avions qui atterrissent et décollent sur les pistes d'Orly. Cette servitude interdit toute construction d'un bâtiment d'une hauteur supérieure à 40 m », détaille Le Parisien repris par VIPSG. Pour un stade de football conçu pour 60 000 à 80 000 places, c'est un verrou technique rédhibitoire. Du coup, le projet bascule mécaniquement vers la zone des Tuileries — plus petite (20 ha), mais déjà bétonnée et sans contrainte aérienne.
À Massy, le maire Nicolas Samsoen (UDI), élu depuis 2020, joue un coup délicat. La piste PSG fait du bruit dans sa ville et il ne peut ni l'enterrer publiquement (ce serait fermer une opportunité économique), ni l'embrasser sans nuances (ce serait inflammable politiquement). Il choisit la voie médiane. Classique.
En mars 2025, Le Parisien place Massy en tête des préférences des dirigeants du PSG. La presse locale et nationale s'engouffrent dans la rumeur. Samsoen, dans le magazine municipal et dans plusieurs déclarations publiques, appelle au calme : « Calmons-nous un peu. » Il pose deux principes. Premièrement, il préfère les Tuileries à la Bonde — non pas pour des raisons techniques liées au radar, mais pour préserver les terres agricoles de la Bonde, qu'il souhaite garder en tant que telles. Deuxièmement, il rappelle que la transformation des Tuileries est un sujet ancien à Massy, totalement indépendant du PSG : depuis des années, la mairie envisage d'y construire un nouveau quartier mixte.
C'est une position habile, en vrai. En la formulant ainsi, Samsoen rend possible le scénario stade et le scénario sans stade, sans avoir à se déjuger dans aucun des deux cas. Si le PSG vient, c'est dans la continuité d'un projet de transformation déjà à l'étude. Si le PSG ne vient pas, le projet de quartier peut continuer comme si de rien n'était. Voilà.
Quand le PSG annonce sa short-list finale le 10 juin 2025, France Info relaie que Massy avait « un coup d'avance depuis plusieurs semaines et la tendance s'est confirmée. » Le club retient explicitement les deux secteurs proposés (Bonde + Tuileries) et salue « la qualité de la desserte multimodale » en énumérant : RER B, TGV, deux futures stations de la ligne 18, A6, A10, N20, aéroport d'Orly. Saint-Quentin-en-Yvelines, Aulnay-sous-Bois, Ris-Orangis sont écartés.
Pour Massy, c'est un demi-triomphe. La mairie réagit en publiant sur son site officiel une page dédiée intitulée « Site de la Tuilerie : nous déciderons ensemble ». Le ton est posé, presque solennel. La municipalité indique avoir « approuvé un protocole avec le PSG, Carrefour et Altarea » pour mener en parallèle des études sur les deux scénarios — quartier sans stade ou projet avec stade. Carrefour, propriétaire de l'hypermarché du site, et Altarea, foncier majeur du dossier, deviennent dès lors les partenaires opérationnels du projet.
C'est sans doute la décision la plus structurante de l'année 2025. Fin août 2025, après plusieurs mois de pression — y compris une pétition lancée par le groupe d'opposition qui avait recueilli près de 1 200 signatures —, la municipalité annonce officiellement qu'un référendum décisionnel sera organisé une fois les études de faisabilité réalisées. Le maire Samsoen précise les contours dans Le Républicain de l'Essonne : « Après réflexion, nous avons décidé d'organiser un référendum une fois les études de faisabilité réalisées. En septembre, le maire proposera au conseil municipal de voter formellement cet engagement. »
Le 18 septembre 2025, le conseil municipal de Massy vote à l'unanimité cette exigence de référendum. Un calendrier à court terme est aussi dévoilé : le week-end du 27-28 septembre 2025, 15 Massicois tirés au sort seront emmenés assister au match PSG-Auxerre depuis le Parc des Princes, pour observer en direct la vie d'un soir de match — accessibilité, flux de supporters, stationnement, nuisances. Un dispositif de pédagogie citoyenne assez inédit pour un dossier de cette ampleur.
Mais la décision est immédiatement attaquée par l'opposition municipale. Hella Kribi-Romdhane, conseillère municipale et leader du collectif Nous Sommes Massy, dénonce sur le site du collectif « un enfumage pour repousser le débat ». Selon elle, « pas besoin d'études pour savoir que ce stade va générer des nuisances ». Le timing pose en effet question : repousser le référendum à après les municipales de mars 2026, c'est éviter d'en faire un enjeu de campagne. Pour les opposants, c'est une stratégie dilatoire. Bon, on les comprend.
Refusant d'attendre, Nous Sommes Massy passe à l'offensive. Le collectif organise sa propre consultation citoyenne entre octobre et décembre 2025. Le dispositif est artisanal mais sérieux : votes en ligne, urnes physiques aux abords des gares et dans tous les quartiers, communication massive. Le 15 octobre 2025, la mairie tient une réunion publique qui mobilise plus de 150 habitants. Pendant deux mois, le collectif fait campagne porte-à-porte, sur les marchés, devant les écoles.
Le 3 décembre 2025, lors d'une réunion publique qui rassemble à nouveau près de 150 habitants, Nous Sommes Massy annonce les résultats. 3 571 votes recueillis, dont 74 % contre l'implantation du stade. Trois Massicois sur quatre ont dit non. Et surtout — et c'est là que ça devient difficile à ignorer — 3 571 votants sur une seule commune de 50 000 habitants, c'est l'équivalent de 10 % du corps électoral. Autant dire que ce n'est pas un sondage de militants. « Ni le maire sortant ni le PSG ne peuvent ignorer un signal politique aussi fort », écrit Hella Kribi-Romdhane dans sa tribune publiée en février 2026 dans le magazine municipal.
Le média sportif Débats Sports titre : « PSG : mauvaise nouvelle pour le nouveau stade à Massy ». L'article relève l'évidence : Poissy, qui ne fait pas face à une opposition citoyenne aussi structurée, marque mécaniquement des points dans la course aux deux finalistes. Dommage pour Massy.
Aux municipales de mars 2026, le stade aurait dû être le sujet de campagne. Il l'a été en partie, sauf que la fragmentation de l'opposition — trois listes distinctes hostiles au stade — a empêché qu'il devienne un référendum déguisé. Nicolas Samsoen est réélu au premier tour, selon Le Parisien repris par Géoconfluences. Le maire annonce avoir « plein de projets » — sans détailler s'il considère désormais avoir un mandat clair pour porter le stade ou pas. Réponse floue.
Côté Nous Sommes Massy, la position est inchangée. Dans une tribune de février 2026, Kribi-Romdhane et ses colistiers écrivent : « Il ne faut pas se laisser endormir par la promesse d'un référendum. C'est une promesse de diversion, pas celle d'un choix réel. Donc, pour nous le stade du PSG à Massy, c'est toujours NON ! » Le collectif continue de pousser pour un référendum avant la fin des études et martèle que les Massicois ont déjà parlé.
En avril 2026, Géoconfluences, plateforme académique de l'ENS Lyon, publie une analyse signée Axel Nunes da Costa qui fait le point. Le projet y est décrit comme un cas d'école d'un « conflit d'usages » en banlieue francilienne : projet d'envergure internationale (« standards de l'architecture internationale contemporaine ») versus inquiétudes des riverains sur les nuisances régulières — concerts, flux, complexe de loisirs. Rien de nouveau sous le soleil des grandes métropoles, mais utile à poser clairement.
À mai 2026, le dossier est techniquement vivant. Le PSG continue d'instruire la candidature massicoise en parallèle de Poissy. La décision finale est attendue à l'automne 2026, et le référendum local arriverait après — donc, en théorie, la mairie de Massy se prononcerait sur un projet déjà choisi par le club.
Trois enseignements émergent du dossier Massy à ce stade.
Premièrement, le verrou technique de la Bonde a probablement déjà fait son œuvre. Le radar d'Orly limite la hauteur à 40 m, et un stade dépasse forcément cette cote. Si le PSG retient Massy, ce sera sur les Tuileries (20 ha) — un site plus petit, plus contraint, plus coûteux à requalifier (entre 100 et 200 M€), avec un Carrefour à déplacer avant démolition. Le contraste avec Poissy, où le site Stellantis est immédiatement disponible et bien plus vaste, n'est franchement pas en faveur de Massy.
Deuxièmement, l'opposition citoyenne est plus solide à Massy qu'à SQY. À Saint-Quentin-en-Yvelines, AIMES et CTECSQY ont mobilisé 13 000 signataires sur une pétition couvrant plusieurs communes. À Massy, Nous Sommes Massy a mobilisé 3 571 votants sur une seule commune de 50 000 habitants — c'est un taux de mobilisation supérieur, et c'est sur une consultation décisionnelle (« pour ou contre ») et non une simple pétition. Le PSG a pris note. Le club ne peut pas se permettre, après la séquence SQY, d'arriver dans une ville où une majorité écrasante a déjà dit non.
Troisièmement, le timing politique du maire est complexe. En refusant le référendum avant les municipales, Samsoen a évité que le scrutin soit transformé en plébiscite anti-stade. Mais il a aussi privé le projet d'une légitimation populaire qui aurait pu désarmer les opposants. Si le PSG retient finalement Massy à l'automne 2026, et si le référendum local confirme le non de décembre 2025, le club se retrouvera face à un dilemme : passer outre une consultation locale défavorable, ou abandonner un site qu'il a passé deux ans à étudier.
En vrai, Massy n'est pas écartée. Mais Massy n'est pas non plus en position de force. La ville offre les transports, le foncier artificialisé, le soutien politique du maire et un partenariat technique avec Carrefour et Altarea. Elle souffre d'un radar bloquant la moitié de son foncier, d'une opposition associative qui a déjà gagné un round, et d'une opinion publique majoritairement défavorable à un stade qu'elle perçoit comme un « PSG Land » déposé sur sa centralité commerciale.
L'automne 2026 dira si la balance penche du côté de la desserte multimodale ou du côté du « non » massicois.
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