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Saint-Cloud : une piste séduisante verrouillée par trois protections juridiques

Auteur : Julien·Mis à jour le 25/02/2026

L'hippodrome de Saint-Cloud n'a jamais figuré dans la short-list officielle du PSG. La piste, la plus séduisante sur le papier, s'est heurtée à un triple verrou : site classé, monuments historiques, PLU inconstructible — et surtout à l'opposition de la mairie et des riverains. Dommage, c'était la piste la plus séduisante et de loin (proximité)

Saint-Cloud : une piste séduisante verrouillée par trois protections juridiques

Ce qu'il faut retenir

Statut du projet : écarté de fait depuis le 10 juin 2025. Le PSG a retenu Massy (Essonne) et Poissy (Yvelines) comme finalistes pour son futur stade. L'hippodrome de Saint-Cloud n'a jamais figuré dans la short-list officielle. La piste, séduisante sur le papier (proximité, propriété privée, vue sur Paris), s'est heurtée à un triple verrou : site classé par l'État, inscription aux monuments historiques, PLU inconstructible — et à l'opposition publique du maire Éric Berdoati et de France Galop.

6articles sur le sujet

Chronologie

Dates clés et infos clés du projet (ordre décroissant)

10 juin 2025
  • Le PSG officialise sa short-list finale (Massy + Poissy)
  • Saint-Cloud n'est pas retenu
Mars 2025

Eurosport rapporte, citant L'Équipe, que la réflexion sur Saint-Cloud n'a pas été abandonnée et « ferait même son petit bout de chemin »

20 mai 2024

La mairie de Saint-Cloud publie un communiqué officiel rappelant le caractère classé du site et la position de France Galop

19 mai 2024

Le Parisien refroidit la piste : interviews du maire Éric Berdoati (« je ne compte pas modifier le PLU ») et de France Galop (« L'hippodrome de Saint-Cloud restera un hippodrome »)

18 mai 2024
  • L'Équipe relance la piste
  • L'AFP confirme dans la foulée auprès d'une source proche de la direction du PSG
8 février 2024

Nasser Al-Khelaïfi déclare publiquement que le départ du Parc des Princes est « fini » et « inéluctable » → réactivation de la recherche d'un site alternatif

10 mars 2023
  • Édouard de Rothschild, président de France Galop, sur BFM Business : le PSG l'a approché, l'idée serait « un stade plus ou moins enterré au milieu de l'hippodrome »
  • Saint-Cloud est alors présenté comme l'option n°3 du PSG (après Parc et Stade de France)
25 novembre 2022

Première publication officielle de la mairie de Saint-Cloud : « Aucun projet n'a été évoqué par France Galop »

Juin 2015

Pétition citoyenne de plus de 20 000 signatures : le projet d'État de construction de 6 000 logements sur l'hippodrome est définitivement abandonné

11 mars 2015

Le maire Éric Berdoati s'oppose officiellement à l'OIN (Opération d'intérêt national) du gouvernement Valls

8 juillet 1998

Décret : la totalité de l'hippodrome devient site classé, protégé par l'État

6 juin 1986

Inscription à l'inventaire des monuments historiques des 5 pavillons de gardien, du manège et de l'ancienne maréchalerie

Points forts et fragiles

Points forts
Points fragiles

Détails par période

L'idée avait quelque chose d'irrésistible. Un stade neuf à moins de dix minutes du Parc des Princes, dressé sur un plateau qui domine l'ouest parisien, avec la Tour Eiffel en toile de fond. Un site privé — donc contournant frontalement le bras de fer avec la Ville de Paris. Un président de France Galop qui parle ouvertement à BFM Business d'un « projet fantastique ». Sur le papier, l'hippodrome de Saint-Cloud cochait des cases que ni Massy, ni Poissy, ni Saint-Quentin-en-Yvelines ne pourront jamais cocher.

En vrai, la réalité est nettement plus prosaïque. Le site est protégé sous trois couches juridiques superposées depuis presque quarante ans, le maire ne veut pas en entendre parler, et France Galop, après avoir entrouvert la porte, l'a refermée publiquement avec une phrase qui ressemble à une fin de non-recevoir. C'est l'histoire d'une piste qui n'aura jamais quitté le stade des hypothèses, malgré son potentiel évident.

Mars 2023 : Rothschild allume la mèche sur BFM Business

Le 10 mars 2023, l'affaire prend un tour public et inattendu. Sur le plateau de Good Evening Business, sur BFM Business, Édouard de Rothschild, président de France Galop, confirme que le PSG l'a effectivement approché. Et il ne se contente pas de le confirmer : il esquisse même une idée architecturale. « L'idée du PSG, qui nous a effectivement approchés, c'est d'examiner si on pouvait faire un stade plus ou moins enterré, plus ou moins inséré au milieu de l'hippodrome. Et nous n'avons aucune raison de ne pas étudier toutes les solutions et de ne pas discuter : ça pourrait être un projet assez fantastique. »

Quelques heures plus tard, le journaliste Bruno Salomon de France Bleu Paris hiérarchise les options du PSG : choix n°1 rester au Parc, choix n°2 racheter le Stade de France, choix n°3 l'hippodrome de Saint-Cloud, choix n°4 Poissy. À cette date, Saint-Cloud n'est pas la priorité — c'est l'option de repli si la mairie de Paris ne cède pas et si la candidature au Stade de France échoue.

Côté mairie de Saint-Cloud, on avait déjà anticipé. Le 25 novembre 2022, la municipalité publiait sur son site officiel un communiqué rassurant les habitants inquiets : « À ce jour, aucun projet n'a été évoqué par France Galop, propriétaire de l'hippodrome, au cours de ses échanges avec la Ville. Rappelons que l'hippodrome est un site classé, et que ce statut lui assure la protection de l'État. » La phrase était rédigée pour clore le débat avant qu'il ne s'ouvre. Quatre mois plus tard, Rothschild en personne le rouvre.

Le contexte 2024 : NAK pose un ultimatum, la presse cherche un site

Le 8 février 2024, Nasser Al-Khelaïfi tape du poing sur la table : « C'est fini, on veut bouger du Parc des Princes. » Le départ devient « inéluctable » dans le discours public du club. À partir de ce moment-là, la presse française cherche activement le site qui accueillera le PSG. Quatre noms reviennent : Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), Gonesse (Val-d'Oise), Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), et l'hippodrome de Saint-Cloud.

Le 18 mai 2024, L'Équipe réveille la piste sancloudienne, et l'AFP confirme dans la foulée auprès d'une source proche de la direction du club. Saint-Cloud serait « parmi les pistes les plus chaudes ». Les arguments avancés sont les mêmes qu'un an plus tôt : la propriété privée, la proximité, la vue, la surface. L'Équipe précise même que des échanges sont en cours, à la fois entre le PSG et France Galop, et entre la mairie de Saint-Cloud et France Galop. Le site est suffisamment grand pour faire cohabiter le foot et les courses : on ne détruirait pas l'hippodrome, on l'augmenterait d'un stade.

Vingt-quatre heures plus tard, la piste prend un coup massif.

19-20 mai 2024 : la double douche froide

Le 19 mai 2024, Le Parisien retourne la situation. Le quotidien francilien interroge à la fois le maire de Saint-Cloud et la société France Galop. Les deux réponses sont sans ambiguïté. Franchement, difficile de faire plus clair.

Côté ville, Éric Berdoati — maire DVD, par ailleurs vice-président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, et supporter du PSG depuis 1977 selon ses propres mots — ne laisse aucune place au compromis. « Depuis le plan local d'urbanisme (PLU) de 2012, l'hippodrome est en zone inconstructible. Et ne comptez pas sur moi pour le modifier ! » En une phrase, le verrou municipal est brandi en clair. Berdoati ajoute un argument technique implacable : sa ville n'est tout simplement pas faite pour gérer 60 000 personnes en temps de match. « Un stade comme celui dont il est question se remplit en une heure ou deux mais se vide en une demi-heure. Nos rues ne peuvent pas absorber un flux pareil en si peu de temps », déclare-t-il dans les colonnes du Parisien (cité par CulturePSG).

Côté France Galop, la réponse est encore plus brève — et donc encore plus définitive. La société organisatrice des courses lâche au Parisien : « L'hippodrome de Saint-Cloud restera un hippodrome. » Le décalage avec la sortie d'Édouard de Rothschild en mars 2023 est frappant. Entre l'ouverture personnelle d'un président prêt à explorer des « solutions fantastiques » et la position institutionnelle de la société d'organisation, il y a un fossé. La presse hippique Jour de Galop, qui suit l'affaire de très près, conclut sobrement le 19 mai : « L'information, qui n'a rien d'officielle, est reprise de médias en médias. Qu'en est-il vraiment ? »

Le 20 mai 2024, la mairie de Saint-Cloud officialise sa position dans une publication sur son site. Le ton n'est plus rassurant comme en 2022 : la municipalité reconnaît cette fois que la piste est « très sérieusement étudiée par les Qataris », mais réaffirme le caractère intouchable du site classé. Pour qui suit le dossier, la séquence des 18-19-20 mai 2024 est limpide : la piste a été évoquée publiquement, démentie publiquement, et encadrée publiquement par la mairie en moins de 72 heures. Bref, une vraie séquence de fermeture en accéléré.

L'arsenal juridique : trois protections superposées

Pour comprendre pourquoi ni un PSG, ni un Qatar, ni n'importe quel milliardaire ne peuvent simplement « acheter » l'hippodrome de Saint-Cloud et y construire ce qu'ils veulent, il faut empiler trois couches juridiques. Trois, pas une. Et elles se renforcent mutuellement.

Premier verrou — l'inscription aux monuments historiques (6 juin 1986). Selon Wikipédia, cinq pavillons de gardien, le manège et l'ancienne maréchalerie sont inscrits à l'inventaire. Toute modification de ces bâtiments doit obtenir l'accord des services de l'État.

Deuxième verrou — le classement total du site (8 juillet 1998). Par décret, la totalité de l'hippodrome bénéficie depuis cette date de la protection « site classé ». C'est le niveau de protection le plus élevé pour un site naturel ou culturel en France. Tout aménagement nécessite des autorisations spéciales du ministère, et la jurisprudence est très restrictive.

Troisième verrou — le PLU communal de 2012. Le Plan Local d'Urbanisme de Saint-Cloud, adopté en 2012, classe l'hippodrome en zone strictement inconstructible. C'est le verrou le plus politique des trois, parce qu'il dépend du seul vote du conseil municipal — donc, en théorie, le plus facile à faire sauter. C'est précisément ce que Berdoati refuse, publiquement et catégoriquement.

Aucune de ces protections n'est insurmontable seule. Empilées, elles forment un mur. Pour passer outre, il faudrait : modifier le PLU (vote municipal), obtenir l'accord du ministère pour déclasser ou aménager un site classé (procédure d'État), obtenir des autorisations au cas par cas pour chaque bâtiment historique. Techniquement possible, oui. Politiquement et temporellement déraisonnable pour un projet qui doit aboutir avant l'été 2027 — l'horizon que le PSG s'est fixé. Autant dire que c'est mort.

Le précédent 2015 : Saint-Cloud sait dire non

Pour qui douterait encore de la capacité de Saint-Cloud à bloquer un projet d'aménagement national, l'épisode de 2015 est éclairant. Cette année-là, le gouvernement Valls inscrit l'hippodrome sur la liste des sites visés par le « plan de mobilisation pour le logement en Île-de-France » — avec un objectif de 6 000 logements à construire dans le cadre d'une Opération d'Intérêt National (OIN). En gros : l'État avait décidé de construire. Sur ce site précis.

Berdoati, déjà maire et déjà combatif, s'oppose immédiatement « avec la plus grande fermeté » via un communiqué officiel. Il rappelle que sa commune compte déjà 14 000 logements (dont 12 763 résidences principales), que le projet d'État équivaudrait à « construire l'équivalent de la moitié des résidences actuelles », et que le site est de toute façon protégé. Une pétition citoyenne est lancée. En juin 2015, après avoir recueilli plus de 20 000 signatures, elle obtient gain de cause : le projet de l'État est définitivement abandonné.

C'est ce précédent qui plane sur le dossier PSG en 2024. La méthode Saint-Cloud est connue : alliance maire + propriétaire + tissu associatif, opposition frontale, mobilisation médiatique, victoire. Le PSG, en regardant les chiffres de 2015, sait exactement à quoi il s'expose. Et ce n'était même pas le PSG qui était en face — c'était le gouvernement de la République.

Mars 2025 : la piste pas tout à fait morte

On aurait pu croire le dossier enterré après mai 2024. Et pourtant. En mars 2025, Eurosport publie un papier qui relance brièvement la spéculation. Citant L'Équipe, le média rapporte que la réflexion « n'a toujours pas été abandonnée. Au contraire, elle ferait même son petit bout de chemin. » Le club aurait fait « de nouveau part de son intérêt pour les lieux à la mairie de Saint-Cloud et aux différentes parties prenantes ». Sauf qu'aucune nouvelle déclaration publique de Berdoati ou de France Galop ne vient corroborer une éventuelle ouverture. La phrase reste suspendue dans le vide.

Trois mois plus tard, le PSG officialise son arbitrage : Massy et Poissy. Saint-Cloud n'est pas dans le communiqué. La piste est, de facto, écartée — sans même avoir eu droit à un démenti officiel du club, parce qu'elle n'avait jamais été officiellement candidate. Voilà.

Pourquoi Saint-Cloud n'a jamais pu aboutir

L'épisode Saint-Cloud illustre une règle de l'aménagement français que les acteurs internationaux sous-estiment souvent : les sites les plus séduisants sont aussi, le plus souvent, les plus protégés. Ce qui rend Saint-Cloud désirable — sa vue, son patrimoine, sa centralité, son caractère préservé — est exactement ce qui rend un changement d'usage juridiquement et politiquement impossible.

Trois enseignements émergent.

Premièrement, la propriété privée n'est pas suffisante quand le site est classé. L'argument-clé qui faisait de Saint-Cloud une option supérieure à Longchamp ou Auteuil — « ce n'est pas la Ville de Paris » — s'est retourné contre le projet : France Galop, propriétaire privé, peut décider de garder son hippodrome, point. Aucun pouvoir politique ne peut forcer la société à vendre. Et même si elle vendait, l'acquéreur ne pourrait toujours pas construire un stade.

Deuxièmement, l'opposition d'un seul élu local peut suffire. Berdoati, supporter du PSG depuis 1977, n'a pas eu besoin d'allier quatre maires comme à Saint-Quentin-en-Yvelines. Sa seule signature — celle qui contrôle la modification du PLU — suffit à bloquer. Il a, au passage, livré l'argumentaire le plus utile du dossier : un raisonnement technique imparable sur les flux de circulation, qui n'attaque ni le club, ni les Qatariens, ni le foot. Juste le bon sens routier d'une commune de 30 000 habitants. Difficile de s'y opposer frontalement.

Troisièmement, France Galop a parlé deux voix, et c'est la deuxième qui compte. L'ouverture de Rothschild en mars 2023 a probablement été lue, en interne, comme la position du président — pas celle de la société. La phrase officielle de mai 2024 (« L'hippodrome de Saint-Cloud restera un hippodrome ») a fermé le débat. Pour le PSG, c'est une leçon : une déclaration enthousiaste à BFM Business ne fait pas un protocole d'accord. Dommage.

L'hippodrome de Saint-Cloud restera donc, comme l'a annoncé France Galop, un hippodrome. Le 28 juin 2026, il accueillera son traditionnel Grand Prix de Saint-Cloud, course de Groupe 1, sans avoir vu pousser dans son enceinte le moindre béton de stade. Le PSG, lui, se concentre désormais sur Massy ou Poissy — deux sites moins poétiques, mais incomparablement plus disponibles sur le plan juridique.

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