Entre 2022 et 2025, le FC Barcelone a vendu 25 % de ses droits TV pour 25 ans, hypothéqué une partie de son studio, retardé son nouveau Camp Nou de plus de deux ans, et failli perdre deux joueurs à 50 M€ pour cause de licences non renouvelées. Voici, chiffres et sources espagnoles à l'appui, comment un club qui pèse encore 994 M€ de revenus a fini par devoir vendre des loges VIP d'un stade pas encore construit pour rester compétitif.
Statut au 4 juin 2026. Le FC Barcelone a clos l'exercice 2024-2025 avec 994 M€ de revenus ordinaires et un résultat ordinaire de +2 M€ seulement. Son plafond salarial - appelé LCPD en Espagne, c'est-à-dire la somme maximale que le club a le droit de dépenser en salaires sportifs sur l'année - s'élève à environ 410 M€ au dernier pointage de mars 2026. Le Real Madrid, lui, peut dépenser 761 M€. Soit presque le double. Le Barça doit aussi encore 159 M€ d'indemnités de transfert à d'autres clubs (dont 20 M€ au Bayern Munich pour le transfert de Lewandowski de 2022), il a écopé d'une amende UEFA de 60 M€ en juillet 2025, et il vit toujours sur les conséquences de quatre opérations de vente d'actifs futurs lancées en 2022. Le retour partiel à son nouveau Camp Nou, le 22 novembre 2025, est arrivé avec 909 jours de retard.
Cinq choses à retenir, et qu'il faut comprendre avant d'aller plus loin :
Le Barça pèse encore près d'un milliard d'euros de revenus ordinaires (994 M€ en 2024-25). Sur le papier, c'est l'un des 4 plus gros clubs européens. Dans les faits, il vit en permanence sur la corde raide, parce que ses dépenses (salaires des joueurs, remboursements de dette, indemnités de transfert) sont aussi en haut du tableau européen.
L'affaire Dani Olmo et Pau Victor est l'incarnation publique du problème. Ces deux joueurs ont été recrutés à l'été 2024, mais avec une licence de jeu qui expirait le 31 décembre 2024 - une licence « provisoire » que LaLiga accorde quand un club est en limite financière. Pour que les joueurs continuent à jouer en 2025, le Barça devait prouver à LaLiga qu'il avait engrangé de nouveaux revenus avant la fin de l'année. Il n'a pas réussi à temps. LaLiga a donc refusé de renouveler leurs licences au 1er janvier 2025. Il a fallu un recours juridique au CSD (le Conseil Supérieur des Sports espagnol, équivalent du ministère des Sports) pour qu'ils puissent finir la saison sur le terrain.
Les "palancas" - mot espagnol qui signifie « leviers » - sont des opérations financières par lesquelles le Barça a vendu une partie de ses revenus futurs (notamment 25 % de ses droits TV pour les 25 prochaines années) et de ses filiales (Barça Studios, sa branche audiovisuelle) à des fonds d'investissement comme Sixth Street. L'idée : encaisser tout de suite du cash pour ne pas mourir financièrement, en échange d'une perte de revenus future. Quatre opérations ont été activées entre juin et août 2022. Annoncées à environ 800 M€, elles n'ont en réalité rapporté que 511 M€ effectivement encaissés. Une partie des montants annoncés n'a jamais été versée par les acheteurs.
La règle du 1:1 de LaLiga est la mécanique au cœur de tout. Elle dit ceci : pour chaque euro qu'un club encaisse en revenus, il peut dépenser au maximum un euro en salaires sportifs (joueurs, staff, formation). Quand un club dépense plus qu'il ne gagne - c'est le cas du Barça depuis 2021 - il bascule sur une règle dérogatoire bien plus dure, comme la règle 1:3 (pour chaque 3 € économisés sur les salaires, on peut en redépenser 1 €) ou la règle 1:4. En clair : pour pouvoir recruter un nouveau joueur à 10 M€ de salaire annuel, le Barça doit d'abord se débarrasser de 30 ou 40 M€ de salaires existants. C'est pour ça que le club passe son temps à vendre, à résilier, à différer des salaires à grands frais. Il est piégé dans une boucle.
Le pari Camp Nou est la clé de tout. Le club a lancé en 2023 une rénovation complète de son stade historique, financée par un prêt de 1,5 milliard d'euros auprès de la banque américaine Goldman Sachs. L'idée : faire passer le stade de 99 000 à 104 000 places, et surtout multiplier les loges VIP (9 600 unités prévues - 4 000 de plus que le nouveau Bernabéu du Real Madrid). Si tout fonctionne, le Camp Nou rapportera 340 M€ par an à terme (dont 80 M€ rien que pour les loges VIP). De quoi régler durablement le problème des revenus. Mais les retards s'accumulent (909 jours de retard à fin 2025), et le club joue ses matchs à Montjuïc - un autre stade barcelonais, plus petit et beaucoup moins rentable - depuis presque trois ans.
Pour comprendre l'état actuel des comptes du Barça, il faut remonter à 2021. À cette date, le club venait d'enregistrer une perte d'exploitation de 481 M€ sur le seul exercice 2020-2021, ses revenus s'étaient effondrés à 631 M€ (-26 % sur un an), et ses fonds propres étaient négatifs de 353 M€. En clair : sur le plan comptable, le club était techniquement en faillite. C'est ce contexte qui a poussé Joan Laporta, réélu président en mars 2021, à prendre des décisions qu'aucun club européen majeur n'avait jamais prises.
| Saison | Revenus ordinaires | Résultat net | Masse salariale (joueurs) | Note |
|---|---|---|---|---|
| 2019-2020 | 855 M€ | -97 M€ | ~671 M€ | dernière saison « normale » avant Covid |
| 2020-2021 | 631 M€ (-26 %) | -481 M€ | 617 M€ | catastrophe Covid + départ Messi |
| 2021-2022 | ~1 017 M€ | +98 M€ | 540 M€ | 1ère palanca Sixth Street |
| 2022-2023 | ~1 259 M€ | +304 M€ | ~620 M€ | 2 palancas supplémentaires |
| 2023-2024 | ~1 045 M€ | -91 M€ | ~500 M€ | fin de l'effet palancas |
| 2024-2025 | ~994 M€ | +2 M€ (ordinaire) | ~440 M€ | nouveau Camp Nou en chantier |
Deux choses sautent aux yeux. D'abord, le pic artificiel de 2022-2023 (1,259 milliard € de revenus, 304 M€ de bénéfice). Ce sommet n'est pas le fruit d'une amélioration sportive ou commerciale, c'est le résultat comptable des palancas qui injectent en une seule année plusieurs centaines de millions d'euros de cessions d'actifs. Ensuite, la décroissance qui suit : 2023-2024 (-200 M€ vs pic) et 2024-2025 (encore -50 M€). Le club retombe vers son niveau réel d'activité - un peu moins d'un milliard d'euros - sans le coussin des palancas, qui sont par définition non récurrentes.
Et c'est tout le problème. Une fois qu'un club a vendu 25 % de ses droits TV pour 25 ans et cédé près de la moitié de sa filiale audiovisuelle, il ne peut plus le refaire. Sauf à inventer de nouvelles palancas - ce qui est exactement ce qui s'est passé fin 2024 avec la vente des loges VIP du nouveau Camp Nou, et qui a déclenché l'affaire Olmo.
L'effondrement n'est pas tombé du ciel. Pour comprendre comment un club qui pesait 855 M€ de revenus en 2019-2020 s'est retrouvé en quasi-faillite dix-huit mois plus tard, il faut remonter plus loin. Trois éléments se sont combinés sur six ou sept ans pour produire la catastrophe : la dérive de la masse salariale, la gestion désastreuse de Josep Maria Bartomeu, et le coup de massue Covid-19.
La spirale commence avec le contrat XXL de Lionel Messi. Pour le retenir face aux sollicitations européennes, le Barça accepte d'augmenter sa rémunération plusieurs fois entre 2013 et 2018. Mécaniquement, ça aspire vers le haut tous les autres salaires du vestiaire - un joueur ne peut pas être payé infiniment moins que la star, sinon il s'en va. Résultat : la masse salariale du club (joueurs + staff) explose.
| Saison | Masse salariale | Part des revenus | Source |
|---|---|---|---|
| 2011-2012 | 257 M€ | 53 % | KPMG |
| 2015-2016 | 397 M€ | 62 % | KPMG |
| 2017-2018 | 562 M€ | 81 % | KPMG |
| 2018-2019 | 576 M€ | 70 % | KPMG |
| 2019-2020 | ~640 M€ | 74 % | El Mundo |
Comme l'expliquait Eurosport en janvier 2021 : « la masse salariale de tous les joueurs professionnels du Barça représente 74 % des recettes ». Pour comparaison : la norme UEFA actuelle (Squad Cost Ratio, article 94 du règlement de Club Licensing 2025) plafonne ce ratio à 70 % à partir de la saison 2025-26, après une mise en place progressive (90 % en 23-24, 80 % en 24-25). Quand on passe 81 % en 2017-2018, on dépense plus en salaires que ce qu'on encaisse en marge - le club perd structurellement de l'argent à chaque saison.
Josep Maria Bartomeu, président du Barça de 2014 à 2020, hérite d'un club déjà engagé dans cette dérive mais l'amplifie largement. Quatre erreurs structurelles, documentées par toute la presse espagnole, ont été décisives :
À tout cela s'ajoutent des prolongations de contrats à des conditions très avantageuses pour des cadres vieillissants (Piqué, Busquets, Alba, Jordi Roberto), des bonus de fidélité et des primes différées qui, additionnés, ont représenté plus de 50 M€ de dette interne envers Piqué seul au moment de son départ, selon Goal.
Et puis arrive le Covid-19. Tous les clubs européens sont touchés, mais le Barça est touché plus fort, parce qu'il était déjà fragile. Trois chocs simultanés :
Au printemps 2020, le club organise un accord de salaires différés avec quasi-tout l'effectif. Messi, Piqué, Umtiti, Coutinho, Busquets et une vingtaine d'autres acceptent de toucher leur dû plus tard, sur huit versements étalés entre décembre 2021 et juin 2025. C'est cet accord qui sauve provisoirement la trésorerie. Mais ça crée une dette interne massive - environ 400 M€ de salaires reportés, qui pèseront pendant cinq ans sur les comptes.
À la fin de l'été 2020, Bartomeu fait face à une motion de censure des socios, avec plus de 20 000 signatures collectées. Il démissionne avant le vote, en octobre 2020. Une direction intérimaire menée par Carles Tusquets gère le club pendant cinq mois, dans l'attente d'élections présidentielles.
Joan Laporta est élu président en mars 2021 - il avait déjà présidé le club entre 2003 et 2010, sa période la plus glorieuse. Il découvre l'ampleur du désastre : dette nette de 1,35 milliard d'euros (chiffre annoncé en conférence de presse en août 2021, via Sans-Filtre), fonds propres négatifs de -353 M€, perte d'exploitation de 481 M€ sur le seul exercice 2020-21.
Premier acte de Laporta : un crédit-relais de 80 M€ auprès de Goldman Sachs pour pouvoir payer les salaires des employés courants du club. Pas les joueurs vedettes - les femmes de ménage, le personnel administratif, les éducateurs de la Masia. Le club est si à sec qu'il ne peut pas honorer ses salaires de base sans emprunter.
Deuxième acte, plus emblématique : le départ forcé de Messi, en août 2021. Le club et le joueur s'étaient mis d'accord sur une prolongation (à un salaire réduit de 50 %), mais le LCPD calculé par LaLiga à l'arrivée de Laporta ne permet même pas d'enregistrer ce nouveau contrat. Messi part libre au PSG. Ce moment scelle la fin d'une époque - et marque le début de la stratégie des palancas, activée moins d'un an plus tard.
En février 2023, une enquête révèle que le FC Barcelone a versé entre 7,3 millions (chiffre cité par ESPN Deportes et la juge instructrice Silvia López Mejía) et jusqu'à 8,4 millions d'euros selon la Fiscalía cités par Wikipedia espagnol, entre 2001 et 2018, à José María Enríquez Negreira, alors vice-président du Comité Technique des Arbitres espagnol (CTA). Officiellement pour des rapports d'analyses techniques sur l'arbitrage. Officieusement, les motifs réels font l'objet d'une procédure judiciaire qui se poursuit en 2026.
Mise à jour mai 2026. L'Agencia Tributaria espagnole (Hacienda) vient de publier un rapport concluant que « il n'a pas été prouvé » que ces paiements aient servi à acheter des arbitres ou à influencer les désignations arbitrales - ce que la presse a immédiatement qualifié de « Carpetazo al Caso Negreira » (ClaroSports, mai 2026). Joan Laporta avait témoigné devant la juge en décembre 2025 (il avait été initialement inculpé puis exonéré par prescription pour son premier mandat 2003-2010).
Le dossier garde donc une dimension politique et d'image - le Real Madrid s'est porté partie civile, et l'instruction judiciaire continue sur d'autres aspects - mais l'aspect le plus lourd (corruption sportive directe) a été écarté par l'administration fiscale. Pas d'impact comptable direct sur la situation financière actuelle du club.
Pour beaucoup de fans européens, l'affaire Olmo a été le moment où la crise financière du Barça est devenue spectaculaire. Pour les observateurs des comptes du club, c'était écrit depuis des mois. Reprenons le fil.
Été 2024 - Le Barça recrute massivement. Dani Olmo arrive du RB Leipzig pour environ 55 M€ (au sens « transfer fee », bonus inclus). Pau Victor est promu en provenance de Girona pour environ 5 M€. Le problème : LaLiga n'autorise leur inscription que sous une licence temporaire qui expire le 31 décembre 2024. Le club est tenu, d'ici là, de justifier de revenus supplémentaires pour les pérenniser sous la règle du 1:1.
Octobre-décembre 2024 - Course contre la montre. Le Barça multiplie les pistes : nouveau contrat Nike (que LaLiga refuse de comptabiliser comme un revenu inédit), assemblée extraordinaire des socios, négociations avec des investisseurs arabes pour les loges VIP. Le 31 décembre 2024, LaLiga communique officiellement : « le FC Barcelona n'a présenté aucune alternative qui, conformément à la réglementation, lui permette d'inscrire un joueur à partir du 2 janvier » (Soccerway / LaLiga, 31 décembre 2024).
3 janvier 2025 - La palanca des loges VIP. Le Barça présente in extremis un accord de vente anticipée de 475 loges VIP du nouveau Camp Nou (encore en chantier) pour environ 100 M€, à des investisseurs arabes. C'est suffisant, sur le papier, pour repasser sous la règle 1:1 et inscrire les deux joueurs.
4 janvier 2025 - La Commission de Suivi RFEF-LaLiga refuse à nouveau. Les deux instances s'appuient sur une « interprétation littérale des articles 130.2 et 141.5 du Règlement Général de la RFEF » (Soccerway, janvier 2025). Argument : leurs licences ayant expiré, ils ne peuvent plus être réinscrits en cours de saison.
7 janvier 2025 - Le Barça saisit le CSD. Recours en appel devant le Conseil Supérieur des Sports espagnol (l'équivalent du ministère des Sports). Une mesure conservatoire est accordée, qui permet à Olmo et Pau Victor de continuer à jouer pendant l'instruction.
2 avril 2025 - Le CSD donne raison au Barça. L'instance estime que la Commission de Suivi RFEF-LaLiga n'avait pas la compétence pour refuser le visa : ses fonctions se limitent à interpréter les clauses du Convenio, pas à décider des licences. La décision est annulée pour vice de compétence (El Diario, avril 2025).
10 avril 2025 - LaLiga conteste. Un tribunal rejette la « cautelarísima » (mesure d'extrême urgence) demandée par LaLiga contre la décision du CSD. La compétition reste avec Olmo et Pau Victor inscrits.
24 avril 2025 - Le dossier bascule devant l'Audiencia Nacional. Un tribunal se déclare incompétent et renvoie l'affaire à la chambre contentieuse-administrative de l'Audiencia Nacional (analyse juridique Bosch Bilbao).
4 juillet 2025 - L'UEFA frappe à son tour. L'instance européenne sanctionne le Barça pour non-respect des règles de revenus du fair-play financier sur les exercices 2023 et 2024. Amende totale : 60 M€, dont 15 M€ ferme et 45 M€ conditionnels au respect d'objectifs financiers sur 2025-26 et 2026-27 (Bosch Bilbao).
Ce qu'il faut retenir de cette séquence : le Barça a gagné juridiquement, mais le problème de fond reste entier. LaLiga affirme depuis avril 2025 que les 100 M€ des loges VIP ne sont jamais réellement entrés dans les comptes (ESPN Deportes, avril 2025), car les certifications nécessaires (notamment celles de l'auditeur) n'ont pas été présentées dans les délais légaux. Conséquence directe : le LCPD du Barça a été réduit de 543 à 411 M$ (environ 380 M€) à l'été 2025, et les nouveaux fichajes Joan García, Marcus Rashford et Roony Bardghji ont eu eux aussi des difficultés d'inscription (ESPN Deportes, 2025).
Le mot « palanca » (« levier » en espagnol) est entré dans le vocabulaire courant du foot européen grâce au Barça. Il désigne la vente d'actifs futurs pour générer du cash immédiat - une mécanique courante en finance d'entreprise, mais inhabituelle dans le foot, surtout à cette échelle. Voici les quatre palancas activées entre juin 2022 et août 2022, avec les montants réels versés (qui diffèrent souvent des montants annoncés) :
| # | Acquéreur | Année | Annoncé | Encaissé | Contrepartie |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Sixth Street | 2022 | 207,5 M€ | 207,5 M€ + 60 M€ de plus-value | 10 % droits TV LaLiga (25 ans) |
| 2 | Sixth Street | 2022 | ~400 M€ | 311 M€ | 15 % supp. → total 25 % (25 ans) |
| 3 | Socios.com | 2022 | 100 M€ | 100 M€ partiellement contestés | 24,5 % de Barça Studios |
| 4 | Orpheus Media (J. Roures) | 2022 | 100 M€ | 10 M€, reste suspendu | 24,5 % supp. → total 49 % de Barça Studios |
| Total | - | - | ~807 M€ | ~511 M€ réellement encaissés | - |
Première observation : Sixth Street a réellement payé, mais moins que les annonces médiatiques le laissaient entendre. Le vice-président économique du Barça à l'époque, Eduard Romeu, avait lui-même reconnu publiquement en octobre 2022 : « Nous ne sommes pas fiers de la palanca avec Sixth Street, c'est une palanca qui ne nous plaît pas, mais qu'il fallait faire » (El Economista, 2023). Et il ajoutait : « C'était l'option la moins mauvaise - comparée à la proposition de CVC que portait LaLiga. »
Deuxième observation : Barça Studios a coûté plus cher qu'il n'a rapporté. La presse spécialisée espagnole - Capital, Crónica Global, El Independiente - a documenté que Socios.com et surtout Orpheus Media (la holding de Jaume Roures, ex-Mediapro) n'ont pas versé l'intégralité des 200 M€ annoncés. Roures aurait apporté 10 M€ et demandé à reporter le reste (Capital, 2024).
Troisième observation, la plus structurellement gênante : le Barça s'est privé de 25 % de ses droits TV LaLiga pour les 25 prochaines années. À raison d'environ 145 M€/saison de droits TV nationaux pour le Barça en cycle actuel, cela représente une renonciation de 36 M€/an pendant 25 ans, soit 900 M€ au total. Pour 511 M€ encaissés en 2022. C'est un mauvais deal financier de long terme - assumé comme tel par la direction de l'époque comme « le moins mauvais ».
Pour comprendre pourquoi un club à 994 M€ de revenus n'arrive pas à recruter, il faut comprendre la règle du fair-play LaLiga - qui n'a rien à voir avec celle de l'UEFA. Le Limite de Coste de Plantilla Deportiva (LCPD) est un plafond salarial individuel par club, calculé chaque année par LaLiga à partir d'une formule simple : revenus prévisionnels − dépenses non sportives = plafond pour les salaires sportifs.
La règle de référence est 1:1 : pour chaque euro de revenus nouveaux, le club peut dépenser un euro de plus en salaires. Quand un club dépasse son LCPD - ce qui est le cas du Barça depuis 2021 -, il bascule sous des règles dérogatoires plus dures :
L'évolution du LCPD du Barça vs Real Madrid sur 5 saisons est édifiante :
| Saison (publication hivernale) | LCPD Barça | LCPD Real Madrid | Écart |
|---|---|---|---|
| 2021-22 | -144 M€ (négatif !) | ~600 M€ | impossible à mesurer |
| 2022-23 (après palancas) | 656 M€ | 683 M€ | -27 M€ |
| 2023-24 | 270 M€ (effondrement) | 727 M€ | -457 M€ |
| 2024-25 (été 2024) | 426 M€ | 754,8 M€ | -329 M€ |
| 2024-25 (hiver 2025) | 543 M€ | 754,8 M€ | -212 M€ |
| 2025-26 (été 2025) | 411 M€ | ~755 M€ | -344 M€ |
| 2025-26 (hiver 2026) | ~410 M€ | 761,2 M€ | -351 M€ |
Le Real Madrid a accru son LCPD de manière linéaire sur la période (683 → 761 M€), porté par la rénovation du Bernabéu (livrée en 2023) et la régularité de ses revenus européens. Le LCPD du Barça a fait du yo-yo : -144 (négatif !) en 2021-22, pic à 656 grâce aux palancas, effondrement à 270 en 2023-24, partiel rebond à 543, puis nouvelle chute à 410 en hiver 2026. Cause de la dernière chute, selon LaLiga : les auditeurs n'ont pas accepté de comptabiliser les 117 M€ de loges VIP du Spotify Camp Nou dans les états financiers récents (ESPN, 2025).
La citation exacte du directeur général de LaLiga Javier Gómez, en septembre 2025, sur cette divergence d'auditeurs : « Les 131 M$ [d'écart] correspondent aux 117 M$ des loges VIP. Il y a eu un auditeur [du Barça] qui a dit oui, puis l'actuel a dit non. C'est la cause. » Voilà comment un changement d'auditeur peut faire perdre 131 M$ de capacité salariale à un club.
Conséquence concrète : Joan García, Marcus Rashford et Roony Bardghji - recrutés à l'été 2025 - ont eu eux aussi des difficultés à être inscrits dans les délais. Le Barça vit en permanence en mode urgence administrative sur ses inscriptions.
C'est l'opération qui doit absolument réussir, sous peine de transformer la crise en spirale. Le projet de rénovation du Camp Nou en Spotify Camp Nou a été lancé en juin 2023, financé par un prêt de 1,5 milliard d'euros de Goldman Sachs, et il devait initialement être livré pour la saison 2024-2025. La réalité a été nettement moins propre.
| Phase | Calendrier initial | Calendrier réel | Retard |
|---|---|---|---|
| Début des travaux | juin 2023 | juin 2023 | conforme |
| Première réouverture partielle (45 000 places) | août 2024 | 22 novembre 2025 | +15 mois |
| Réouverture phase 1B (60 000+) | début 2025 | début 2026 (à confirmer) | +12 mois |
| Inauguration complète (104 000) | juin 2026 | décembre 2027 (officiel) | +18 mois |
| Couverture définitive | été 2026 | mai 2027 (révisé) | +10 mois |
Le club a rouvert partiellement son enceinte le 22 novembre 2025 contre l'Athletic Club, avec 909 jours de retard sur le calendrier initial selon El Español. Pendant les deux années précédentes, le club avait évolué au Stade Olympique Lluís Companys de Montjuïc - beau stade, mais avec une capacité limitée à ~50 000 et un manque cruel de loges premium.
L'impact financier de ces retards est considérable. Le club espérait, dès 2024-25, encaisser +100 M€/an de revenus matchday grâce au retour au Camp Nou (Crónica Global, décembre 2025). À cela s'ajoutent les 80 M€/an attendus des 9 600 places premium (le nouveau Camp Nou aura 4 000 loges de plus que le Bernabéu). Total visé selon Laporta : 340 M€/an de revenus stade à partir de 2026 - « le facteur clé qui permettra le redressement économique du club », selon ses propres mots.
Pour la saison 2026-2027, le club devra repartir temporairement à Montjuïc pour l'installation de la couverture définitive. Une option intermédiaire de 16 000 places au Stade Johan Cruyff a été étudiée mais jugée non rentable (coût d'aménagement : 14 M€, capacité insuffisante).
Le scénario rose : Camp Nou pleinement opérationnel fin 2027, revenus matchday à 340 M€/an dès 2028, redressement comptable durable.
Le scénario gris : nouveau retard sur la phase couverture, revenus matchday plafonnés à 200-250 M€/an pendant encore deux saisons, prolongation du régime LCPD dérogatoire, et difficultés persistantes à recruter au niveau Real Madrid / Manchester City.
La rivalité historique Barça-Real est devenue, sur le plan économique, une fracture structurelle. Voici, en quatre données, l'écart qui s'est creusé.
| Indicateur | FC Barcelone | Real Madrid | Écart |
|---|---|---|---|
| Revenus d'exploitation 2024-2025 | ~994 M€ (ordinaires) | 1 185 M€ (record mondial) | -191 M€ |
| Bénéfice net 2024-2025 | +2 M€ (ordinaire) | +24 M€ (après impôts, +56 % vs 23-24) | -22 M€ |
| LCPD hiver 2026 | ~410 M€ | 761,2 M€ | -351 M€ (-46 %) |
| Trésorerie au 30 juin 2025 | ~300 M€ | 166 M€ | +134 M€ (Barça mieux !) |
| Dette transferts à payer (oct. 2025) | 159 M€ (dont 140 court terme) | ~12 M€ de dette nette hors stade | +147 M€ |
Sur les revenus, l'écart s'est élargi : le Real Madrid a franchi pour la première fois la barre des 1 000 M€ en 2023-24 et atteint 1 185 M€ en 2024-25 (communiqué officiel du club, 17 juillet 2025). C'est un record mondial pour un club de football. Le Barça, lui, est sous le milliard.
Sur le résultat net, l'écart est moins spectaculaire qu'on ne pourrait le croire : le Real Madrid affiche +24 M€ de bénéfice net après impôts - un chiffre solide mais pas vertigineux, expliqué notamment par le démarrage de l'amortissement comptable de la rénovation du Bernabéu. Le Barça est à +2 M€ en ordinaire. Tous les deux dans le vert, mais à des échelles différentes.
Sur le LCPD - c'est-à-dire la capacité réelle à recruter - l'écart devient abyssal (-46 %, soit 351 M€ de moins que le rival). Le Real Madrid peut, en théorie, recruter pour 351 M€ de salaires supplémentaires de plus que le Barça la saison prochaine. Soit, en gros, deux Mbappé d'écart.
Petite surprise dans le tableau : la trésorerie du Barça (300 M€) est supérieure à celle du Real Madrid (166 M€). C'est l'effet de la trajectoire récente. Le Barça a constitué un coussin grâce aux palancas, là où le Real a dépensé sa trésorerie dans la rénovation du Bernabéu. Mais le LCPD raconte une autre histoire : la trésorerie ne se transforme pas mécaniquement en capacité de recrutement.
C'est la vraie question, et la réponse honnête est : oui, mais lentement, et avec des fragilités persistantes. Le Barça de juin 2026 n'est plus le club au bord de la faillite de 2021. Mais il n'est pas non plus revenu au niveau de compétitivité financière de l'avant-crise. Trois marqueurs vont dans le bon sens, trois autres restent préoccupants.
1. La masse salariale par rapport aux revenus a été divisée par 1,4 en cinq ans. Selon 2Playbook (mars 2026), le poids de la masse salariale est passé de 76 % des revenus en moyenne sous Bartomeu à 53 % aujourd'hui. C'est sous la norme UEFA des 70 %. C'est même mieux que les standards Premier League. Comment ? Par l'attrition naturelle des contrats - Messi, Busquets, Alba, Piqué, Sergi Roberto sont partis sans être remplacés à des niveaux équivalents - et par l'arrivée de jeunes formés à la Masia (Lamine Yamal, Pedri, Gavi, Cubarsí) qui pèsent infiniment moins lourd sur la masse salariale.
| Saison | Masse salariale | Poids des revenus | Évolution |
|---|---|---|---|
| 2019-2020 | ~640 M€ | 74 % | référence pré-crise |
| 2023-2024 | 485,5 M€ | ~60 % | premiers effets |
| 2024-2025 | 515,3 M€ | ~52 % | sous la barre des 60 % |
| 2025-2026 (prévision) | 565 M€ | ~53 % | stabilisation |
2. La trésorerie a quintuplé. Toujours selon Via Empresa (mars 2026), la trésorerie du club est passée d'environ 60 M€ en 2021 à près de 300 M€ aujourd'hui. C'est ce qui permet au Barça d'honorer ses échéances courantes sans courir derrière chaque virement. Pour rappel, en 2021, Laporta avait dû emprunter 80 M€ à Goldman Sachs pour payer le personnel de base.
3. Les salaires différés de la pandémie sont enfin soldés. Le 30 juin 2025, le Barça a versé le huitième et dernier paiement aux ex-joueurs concernés par l'accord de différé de 2020 - environ 16 M€ répartis entre une vingtaine de personnes dont Messi, Piqué, Umtiti, Coutinho, Koeman (Goal). C'est symbolique mais important : le chapitre comptable Bartomeu est clos. Le club ne traîne plus cette dette interne historique.
4. Laporta a été réélu pour un mandat de cinq ans. Aux élections du 15 mars 2026, Joan Laporta a obtenu 68,18 % des suffrages (32 934 socios votants) pour un mandat qui court jusqu'en 2031 (2Playbook, mars 2026). C'est une victoire politique nette qui assure la stabilité de la gouvernance pendant que le Camp Nou se finalise - un facteur sous-estimé, mais crucial pour la négociation avec les créanciers et les sponsors.
5. Le Camp Nou est rouvert, même partiellement. Le retour partiel le 22 novembre 2025 a permis de recommencer à engranger des revenus matchday plus élevés qu'à Montjuïc. Pas encore les 340 M€/an visés à terme, mais une amélioration notable par rapport aux deux ans de quasi-désert commercial.
1. La dette totale est plus élevée que jamais : environ 2,5 milliards d'euros. Oui, 2,5 milliards. Plus qu'à l'arrivée de Laporta en 2021 (1,35 milliard). Comment expliquer ? Parce que le club a désormais consolidé dans ses comptes 908 millions d'euros déjà tirés du financement Goldman Sachs pour le Camp Nou, là où ils étaient présentés à part avant (Crónica Global, octobre 2025). Une partie de cette dette est « productive » - elle finance un actif qui rapportera demain - mais elle reste à rembourser. Le calendrier prévoit 28 M€ par an entre 2026 et 2031, puis un paiement-ballon de 265,6 M€ en 2032, puis encore 85,5 M€ en 2033 et au-delà jusqu'en 2050.
2. Le LCPD reste bloqué autour de 410 M€. Soit nettement moins que le Real Madrid (761 M€). Tant que le Barça ne sera pas revenu à la règle 1:1 « pure » - celle qui permet de dépenser un euro pour chaque euro encaissé sans dérogation -, il continuera à devoir vendre avant d'acheter, à devoir résilier avant de recruter, à vivre dans l'urgence administrative à chaque mercato.
3. Les retards Camp Nou ne sont pas terminés. L'installation de la couverture définitive est désormais prévue à mai 2027 (initialement été 2026). Le retour à pleine capacité (104 000 places) n'arrivera que fin 2027, voire début 2028. Pendant la saison 2026-27, le club devra repartir temporairement à Montjuïc pour les travaux finaux. Chaque mois de retard, c'est environ 8-10 M€ de revenus matchday perdus.
4. Les palancas ne sont plus une option. Le Barça a déjà vendu 25 % de ses droits TV pour 25 ans. Il a vendu 49 % de Barça Studios. Il a anticipé les revenus des loges VIP du Camp Nou pour 475 unités. Il reste très peu d'actifs encore monétisables. Si une nouvelle crise survient (échec sportif majeur, nouveau retard Camp Nou, sanction UEFA aggravée), les marges de manœuvre sont quasi nulles.
5. L'amende UEFA de 45 M€ conditionnelle reste suspendue. Sur les 60 M€ de sanction de juillet 2025, 45 M€ ne sont exigibles qu'en cas de non-respect des objectifs financiers sur 2025-26 et 2026-27. Si la trajectoire dérape, ces 45 M€ tomberont. C'est une épée de Damoclès qui ne disparaîtra pas avant l'été 2027.
En mai-juin 2026, le Barça n'est plus le club moribond de 2021. Il est devenu un club convalescent qui ne peut pas encore se permettre d'imprudence. La masse salariale est sous contrôle, la trésorerie est respirable, la gouvernance est stable jusqu'en 2031. Mais le LCPD est toujours à moitié de celui du Real, la dette totale a doublé pour financer le Camp Nou, et le moindre dérapage de calendrier sur le stade peut tout remettre en cause.
Le club a gagné cinq ans. Il a maintenant cinq ans pour finir le Camp Nou, encaisser les 340 M€/an promis, rembourser Goldman Sachs sans craquer, et redevenir, sur le plan financier, le rival naturel du Real Madrid. C'est jouable. Ce n'est pas gagné.
Où peut aller le Barça dans les quatre prochaines saisons ? Trois trajectoires sont plausibles, en fonction principalement de deux variables : la livraison effective du Camp Nou et l'évolution sportive (qualifications européennes, parcours en Ligue des champions).
Scénario 1 - Le redressement « classique » (probabilité : moyenne). Le Camp Nou est livré dans son intégralité fin 2027 comme prévu. Les revenus matchday remontent à 340 M€/an dès 2028. Le LCPD repasse la barre des 600 M€ en 2027-2028, puis 700 M€ en 2028-2029. Le club retrouve une compétitivité européenne durable et peut recruter au niveau Real Madrid / Manchester City. La règle 1:1 redevient soutenable. L'amende UEFA conditionnelle (45 M€) n'a pas à être versée. C'est l'hypothèse de travail de la direction Laporta.
Scénario 2 - Le maintien sous tension (probabilité : moyenne à haute). Nouveau retard sur la phase finale du Camp Nou. Les revenus matchday plafonnent à 250-280 M€/an jusqu'en 2029. Le LCPD reste entre 400 et 500 M€, soit la moitié du Real Madrid. Le Barça doit continuer à recourir à des « micro-palancas » (ventes ponctuelles, refinancements), reste sous régime dérogatoire 1:3 ou 1:4, et perd progressivement sa capacité à concurrencer le Real et les clubs anglais sur les top transferts. L'amende UEFA de 45 M€ devient exigible.
Scénario 3 - La nouvelle crise (probabilité : basse, mais non nulle). Combinaison de retards prolongés sur le Camp Nou, d'un parcours européen décevant pendant deux saisons consécutives, et d'un nouveau changement de président aux élections de 2026 qui remettrait en cause le plan financier. Une nouvelle palanca devient inévitable - mais le club n'a plus grand-chose à vendre. Risque de revenir aux fonds propres négatifs et à un mode quasi-insolvable. C'est le scénario que personne ne souhaite mais que les critiques de Laporta - dont la presse catalane critique a beaucoup relayé - n'écartent pas.
Dans tous les cas, le facteur central reste le Camp Nou. Sa livraison conditionne les revenus, le LCPD, la capacité à recruter, la compétitivité sportive, et donc la trajectoire financière des cinq prochaines années. Pour un club qui s'est endetté à hauteur de 1,5 milliard d'euros auprès de Goldman Sachs sur ce seul pari, l'enjeu n'est pas mince.
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