En 2018, la Ligue 1 signait à 1,153 milliard d'euros par saison. En 2026, elle vit sur 330 millions. La chute fait mal ! La Premier League encaisse douze fois plus. Voici, chiffres et sources à l'appui, comment la France s'est fait dépasser — et pourquoi le Portugal va probablement nous doubler avant 2029.

Tu te souviens de 2018 ? Le foot français venait de signer un contrat à 1,153 milliard d'euros par saison avec Mediapro. Le Real Madrid touchait moins que le PSG en droits TV. Vincent Labrune, alors président de l'OM, sablait le champagne. Sept ans plus tard, en mai 2026, la Ligue 1 vit sur 330 millions d'euros par saison — Ligue 1+ inclus. Le champion de France touchera 4,67 millions d'euros, soit moins que le dernier de Ligue 2 l'an passé, et bientôt moins que celui d'Écosse. La Premier League, elle, encaisse 3,9 milliards d'euros par saison. Douze fois plus que la Ligue 1. Voici comment on en est arrivé là, et où la France se classe vraiment dans le foot européen.
Avant de comparer pays par pays, il faut regarder ce qui s'est passé en France ces 10 dernières années. Parce que aucun autre grand championnat européen n'a connu une chute aussi violente.
| Période | Droits TV domestiques Ligue 1 | Diffuseur principal | Évolution |
|---|---|---|---|
| 2016-2020 | 726,5 M€/saison | Canal+ + beIN | référence |
| 2020-2024 (Mediapro fantasmé) | 1,153 milliard €/saison | Mediapro/Téléfoot | +59 % |
| 2020-2021 (Mediapro réel, avant crash) | ~700 M€/saison | Mediapro/Téléfoot | -39 % vs prévu |
| 2021-2024 (post-Mediapro) | 624 M€/saison | Amazon + Canal+ | -45 % vs 2020 |
| 2024-2025 | 500 M€/saison | DAZN + beIN | -20 % |
| 2025-2026 (cycle actuel) | ~200 M€/saison | Ligue 1+ (auto-diffusion) | -60 % |
Sur 5 ans, les revenus domestiques sont divisés par six. Le passage de Mediapro fantasmé (1,153 milliard) à Ligue 1+ réel (200 millions) représente une chute de 83 %. Pour replacer les choses : c'est comme si le PSG était passé d'un budget de 700 millions à 120 millions en 5 ans, avec les mêmes joueurs.
Pendant ce temps, le reste de l'Europe progresse ou stagne. Voici les évolutions équivalentes (droits domestiques uniquement, c'est-à-dire vendus au diffuseur national, hors international et hors commercial) :
| Championnat | Cycle précédent (domestique) | Cycle actuel (domestique) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Premier League | 1,615 milliard £/saison | 1,675 milliard £/saison | +4 % |
| La Liga | 1,125 milliard € | 1,227 milliard € (à partir de 2027) | +9 % |
| Bundesliga | ~1,1 milliard € | 1,121 milliard € | +2 % |
| Serie A | 930 M€ | 900 M€ | -3 % |
| Eredivisie | 80 M€ | 150 M€ | +88 % |
| Pro League belge | 103 M€ | 84 M€ | -18 % |
| Süper Lig (Turquie) | ~300 M€ | ~175 M€ | -42 % |
| Ligue 1 | 624 M€ | 200 M€ | -68 % |
Seules la Belgique et la Turquie ont reculé, mais à des échelles bien plus modestes en valeur absolue. La France est le seul grand championnat européen à avoir vu ses droits TV s'effondrer depuis 2020. Et l'Eredivisie — championnat néerlandais à l'audience pourtant plus modeste que la Ligue 1 — a quasiment doublé ses revenus sur la même période. Voilà.
Voici ce que rapportent les droits TV par saison, en cycle en cours, pour les principaux championnats européens. Cette fois les montants sont agrégés : droits domestiques + droits internationaux + revenus commerciaux centralisés. C'est pour ça que les chiffres diffèrent du tableau précédent — par exemple la Premier League pèse 1,675 milliard £ en domestique mais ~3,9 milliards € au total grâce à l'export. Tous les chiffres sont vérifiés source par source (voir détail plus bas).
| Rang | Championnat | Cycle | TOTAL €/saison | Ratio vs Ligue 1 |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Premier League | 2025-2029 | ~3,9 milliards € | × 12 |
| 2 | La Liga | 2022-2027 | ~2 milliards € | × 6 |
| 3 | Bundesliga | 2025-2029 | ~1,4 milliard € | × 4,2 |
| 4 | Serie A | 2024-2029 | ~1,1 milliard € | × 3,3 |
| 5 | Ligue 1 | 2025-2026 | ~330 M€ | référence |
| 6 | Süper Lig | 2024-2027 | ~165-180 M€ | ÷ 2 |
| 7 | Eredivisie | 2025-2030 | ~150 M€ | ÷ 2,2 |
| 8 | Liga Portugal | actuel décentralisé | ~120-150 M€ | ÷ 2,5 |
| 9 | Pro League | 2025-2030 | ~93 M€ | ÷ 3,5 |
| 10 | Scottish Premiership | 2024-2029 | ~38 M€ | ÷ 8,5 |
| 11 | Swiss Super League | 2025-2030 | ~35-40 M€ | ÷ 9 |
Sur le papier, la France garde une 5e place européenne flatteuse. Sauf que cette photographie est trompeuse pour deux raisons.
D'abord, l'écart avec le top 4 est devenu abyssal. En 2018, la Ligue 1 (1,153 milliard fantasmé) faisait jeu égal avec la Bundesliga (1,1 milliard) et dépassait la Serie A (930 M€). Aujourd'hui, elle ne pèse plus que 24 % de la Bundesliga et 30 % de la Serie A. Le décrochage est récent et brutal.
Ensuite, la Liga Portugal va probablement nous dépasser d'ici 2028-2029. La fédération portugaise a lancé un projet de centralisation des droits TV — effectif à partir de la saison 2028-2029 — avec l'objectif explicite d'atteindre 300 millions d'euros par saison. Si le projet aboutit, et 7 acquéreurs potentiels sont déjà identifiés, la Ligue 1 sera dépassée par le championnat portugais. Un pays qui compte 5 fois moins d'habitants que la France. Franchement, difficile de trouver un symbole plus parlant du décrochage.
C'est ici que le tableau devient cinglant. Voici ce que les champions nationaux ont touché en droits TV en 2024-2025, et ce que touchera le champion français en 2025-2026.
| Pays | Champion 2024-2025 | Droits TV reçus |
|---|---|---|
| Angleterre | Liverpool | 204,6 M€ |
| Espagne | Real Madrid | 173 M€ |
| Allemagne | Bayern Munich | 83,4 M€ |
| Italie | Napoli | 69 M€ |
| Portugal | Sporting | 43,2 M€ |
| Turquie | Galatasaray | 15,7 M€ |
| Pays-Bas | PSV | 14,5 M€ |
| Belgique | Union Saint-Gilloise | 11,9 M€ |
| Écosse | Celtic | 5,4 M€ |
| Ligue 1 (saison 2025-2026) | Champion | 4,67 M€ |
Lis bien la dernière ligne. Le champion de France 2025-2026 touchera moins que celui d'Écosse. Moins que Celtic, club d'un pays de 5 millions d'habitants, classé 11e au coefficient UEFA. Moins que ce qu'avait reçu Montpellier — dernier de Ligue 1 — la saison précédente (5,18 M€). C'est la première fois dans l'histoire moderne du foot français que le champion est rattrapé par les zones de relégation européennes.
À l'autre bout du tableau, Southampton, dernier de Premier League en 2024-2025, a touché 106,7 millions d'euros rien qu'en droits TV. Soit 27 fois plus que le futur champion de France. Si on prenait la pire équipe de Premier League et qu'on la mettait en Ligue 1, elle pourrait à elle seule racheter PSG, OM et Lyon avec un seul chèque de droits TV. C'est vertigineux.
Le décrochage français n'a pas une seule cause. C'est l'effet cumulé de cinq facteurs qui se renforcent les uns les autres. Voici comment chacun pèse, avec des chiffres concrets.
C'est le facteur le plus structurel, et probablement le plus déterminant. Pose-toi la question : quels abonnements faut-il pour voir TOUT le foot en France ? Réponse :
Cumul possible : 80 à 110 €/mois rien que pour le foot et le sport, pendant les années 2021-2025.
Maintenant compare avec le reste de l'Europe :
Les Français paient deux fois plus que les Britanniques pour le même produit sportif (chiffre Arcom 2023). La conséquence est évidente : les téléspectateurs arbitrent. Soit ils choisissent un seul abonnement (généralement Canal+, qui n'a presque plus de Ligue 1), soit ils basculent vers le piratage.
Quand DAZN est arrivé en France en août 2024 en demandant aux Français de rajouter 30 €/mois sur leurs abonnements existants, l'échec était mathématiquement programmé. La plateforme a plafonné à 500 000 abonnés alors qu'elle en visait 1,5 million. Personne, à la LFP, ne semble avoir vu venir ce mur. En vrai, c'est stupéfiant.
Les chiffres officiels sont éloquents (sources EUIPO 2023, Mediapro 2023, LFP 2024) :
Pourquoi la France est-elle si mauvaise élève ? Trois raisons.
D'abord, les abonnements légaux sont trop chers et trop fragmentés (voir raison n° 1). Quand on doit cumuler 80 €/mois pour voir son sport, le moindre service IPTV pirate à 5 €/mois devient terriblement attractif.
Ensuite, l'ARCOM (autorité audiovisuelle) a longtemps eu peu de moyens de lutte. Les premières ordonnances de blocage dynamique datent de 2022, et les serveurs pirates migrent en quelques heures vers de nouveaux endroits.
Enfin, une culture du gratuit ancrée depuis les années 2000 et l'ère du téléchargement P2P. Les Français ont l'impression historique que le contenu numérique doit être gratuit — ce qui complique toute monétisation sérieuse.
Le TGI de Paris a élargi les pouvoirs anti-piratage de la LFP le 23 décembre 2025. Bien. Mais l'effet reste limité : les opérateurs pirates s'adaptent plus vite que la justice.
Le calcul est implacable : si le piratage français passait de 35 % à 10 % (niveau allemand), la Ligue 1 récupérerait théoriquement 2 millions d'abonnés supplémentaires, soit environ 350 millions d'euros par saison — autant que l'intégralité actuelle des revenus Ligue 1+. Le piratage, ce n'est pas un problème accessoire. C'est la moitié du modèle économique.
Le coefficient UEFA des championnats sur 5 ans (saison 2024-2025) place la France à un niveau qui aurait été impensable il y a 10 ans :
La France est désormais 5e, dépassée par l'Allemagne en 2023, et l'écart avec les 4 grands ne cesse de croître. La Bundesliga a 14 % d'avance sur la Ligue 1, l'Italie 29 %, l'Angleterre 43 %.
Sur les 10 dernières saisons, le bilan européen des clubs français est ridicule :
À comparer avec :
Conséquence directe sur les droits TV : un diffuseur qui achète la Ligue 1 sait qu'il vendra moins d'abonnements en Asie ou aux États-Unis qu'avec la Premier League. La Ligue 1 n'a qu'un seul club mondialement attractif : le PSG. C'est insuffisant pour porter une valorisation comparable à celle de l'Angleterre ou de l'Espagne, où chaque journée propose plusieurs affiches « globales ».
Le calcul est implacable : sans le PSG, les revenus internationaux de la Ligue 1 seraient estimés à 20-30 millions d'euros par saison (proche du niveau écossais). Autrement dit, 80 % des 130 millions d'euros de revenus internationaux annuels dépendent du seul PSG. Le jour où le PSG traversera un creux sportif — changement de propriétaire, départ de Mbappé en 2024, déclin éventuel — c'est tout l'édifice qui vacille. Un château de cartes, en gros.
C'est sans doute le facteur le plus français du dossier — et le plus difficile à corriger. Les présidents de clubs de Ligue 1 sont structurellement divisés selon trois axes.
Axe 1 : PSG contre le reste. Nasser Al-Khelaïfi occupe trois fonctions dont la coexistence soulève des questions de conflit d'intérêts :
Ce cumul de fonctions devient un sujet public en février 2026 : alors qu'un préaccord à 20 millions d'euros avait été signé entre la FIFA et Ligue 1+ pour les droits TV de la Coupe du monde 2026, les droits sont finalement attribués à beIN Sports. Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media, démissionne quelques jours plus tard en déclarant publiquement que « tout le monde ne tirait pas dans le même sens ». Le CA de la LFP décide alors de ne pas attaquer la FIFA en justice, invoquant la proximité de la Coupe du monde.
Axe 2 : Textor / Oughourlian contre Labrune. Les présidents de Lyon (John Textor) et Lens (Joseph Oughourlian) s'opposent depuis 2023 à Vincent Labrune, président de la LFP, qu'ils accusent de privilégier les intérêts du PSG. Textor avait notamment réclamé un audit sur les comptes de la LFP en mars 2025.
Axe 3 : grands clubs contre petits clubs. Le système français de répartition des droits TV est l'un des plus égalitaires d'Europe. L'écart entre 1er et dernier est de 1 à 2,5 en France, contre 1 à 1,8 en Premier League mais 1 à 13 au Portugal. Les grands clubs (PSG, OM, Lyon, Monaco) considèrent que cela les pénalise dans la concurrence européenne.
Résultat concret : depuis 5 ans, la LFP n'a pas pu prendre une seule décision majeure dans la sérénité. Chaque appel d'offres se transforme en bataille politique interne, ce qui fait fuir les diffuseurs sérieux. Les directeurs successifs de LFP Media ont tous démissionné en moins de 2 ans : Benjamin Morel parti en 2024, Nicolas de Tavernost parti en février 2026 après seulement 9 mois.
Du coup, on ne s'étonne pas qu'Apple, Netflix ou Disney+ — pourtant intéressés par le foot européen — n'aient jamais sérieusement envisagé d'investir dans la Ligue 1 ces dernières années. Quand un projet n'a pas de gouvernance stable, on ne signe pas pour 5 ans.
C'est le facteur le plus difficile à quantifier, et peut-être le plus profond. Les affluences moyennes dans les stades en 2024-2025 disent beaucoup :
La France pointe en 5e position en valeur absolue, mais en queue de peloton si on exclut les trois plus gros clubs (PSG, OM, Lyon). La passion populaire pour le foot est moins large en France que dans les autres grands pays footballistiques européens.
Pour vraiment comprendre, regarde la part de marché TV foot vs autres sports chez les foyers ayant un abonnement sportif :
En France, le foot doit partager l'audience avec le rugby (qui pèse fortement à Canal+), le tennis (Roland-Garros est un événement national fédérateur), le cyclisme (le Tour de France attire 12 millions de téléspectateurs sur les Champs-Élysées), le handball, le basket et l'athlétisme. C'est presque unique en Europe — ailleurs, le foot écrase les autres sports en termes d'audience.
L'indicateur qui résume tout : la finale de la Coupe du Monde de Rugby 2023 a réuni 15 millions de téléspectateurs sur TF1, soit plus du double de la finale de la Champions League PSG-Bayern de 2020 (7 millions). En France, le foot n'est pas le sport-roi qu'il est en Allemagne ou en Italie. Et ça, contrairement à ce qu'on lit parfois, aucune réforme de la LFP ne peut le changer.
Conséquence sur les droits TV : les diffuseurs savent que la Ligue 1 doit se battre pour l'attention dans un paysage sportif fragmenté. Ajouter de la Ligue 1 dans une offre attire moins de nouveaux abonnés en France qu'en Allemagne ou en Italie. C'est un facteur structurel — il ne s'inverse pas en 5 ans.
Pour ceux qui veulent creuser : voici le détail des cycles et des sources de chaque championnat.
Le 4 décembre 2023, accord avec Sky Sports (4 paquets sur 5) et TNT Sports (1 paquet) pour 2025-2029 : 6,7 milliards £ sur 4 ans = 1,675 milliard £/saison ≈ 1,91 milliard €/saison. Le plus gros contrat sportif jamais signé au Royaume-Uni. Côté international : 6,5 milliards £ sur 4 ans = 2,17 milliards £/saison ≈ 2,5 milliards €/saison. Pour la première fois en 2025, les revenus internationaux dépassent les revenus domestiques. Total : ~4,4 milliards €/saison.
Sources : Premier League officiel, Royal Television Society.
Cycle actuel : ~990 M€/saison top-flight uniquement, 1,125 milliard €/saison avec HORECA et 2e division. Nouveau cycle 2027-2032 signé le 28 novembre 2025 : 6,135 milliards € sur 5 ans = 1,227 milliard €/saison avec Movistar Plus+ et DAZN. International : ~900 M€/saison. Total : ~2 milliards €/saison.
Sources : Inside World Football, Bloomberg.
Annonce DFL du 9 décembre 2024 : 4,484 milliards € sur 4 ans = 1,121 milliard €/saison (Bundesliga 1 + 2.Bundesliga). Sky DE conserve la majorité (538/617 matchs dont 496 en exclusivité). DAZN récupère la « Konferenz » (multiplex du samedi 15h30) qui était sur Sky depuis 2000. International : ~250 M€/saison. Total : ~1,4 milliard €/saison.
Sources : Get German Football News, Insider Sport.
Vote des 20 clubs le 23 octobre 2023 (17 pour, dont De Laurentiis contre). 4,5 milliards € sur 5 ans = 900 M€/saison : DAZN 700 M€ + Sky Italia 200 M€. Légère baisse vs cycle précédent (930 M€/saison). International : ~223 M€/saison. Total : ~1,1 milliard €/saison.
Configuration éclatée depuis la rupture DAZN. Ligue 1+ (auto-diffusion LFP) : 180-220 M€ estimés (1,2 million d'abonnés à 14,99 €/mois). beIN Sports : 78,5 M€ partiellement versés, contrat rompu le 31 décembre 2025. Indemnité résiliation DAZN : 85 M€ ponctuels. Total domestique : ~200 M€/saison. International : 130 M€/saison (LFP Media, août 2025). Total : ~330 M€/saison.
Sources : Eco-Conscient TMT, CB News.
Le 2 mars 2024, beIN/Digiturk renouvelle pour 3 saisons : 218,4 M$ TVA incluse/saison ≈ 165-180 M€/saison (Sportcal). Couvre Süper Lig + TFF 1. Lig + droits internationaux dans 40 pays. Le pic était à 500 M$/saison sur 2015-2020 — la Turquie pesait alors plus que la France. Chute de 60 % depuis, liée au piratage massif et aux conflits avec Fenerbahçe.
Sources : Sportcal, Inside World Football.
Renouvellement du 7 février 2024 avec ESPN (Disney) : 750 M€ sur 5 ans = 150 M€/saison. Le double du cycle précédent (80 M€/saison). Un consortium telcos rival (VodafoneZiggo, Delta, KPN, T-Mobile) avait proposé 180 M€/saison mais a été écarté.
Sources : Sportcal, DutchNews.nl.
Particularité unique : la Liga Portugal est l'un des derniers championnats européens à ne PAS avoir centralisé ses droits TV. Chaque club négocie individuellement. Résultat : 90 % des revenus TV captés par Benfica, Porto et Sporting. Données par club : Benfica avec NOS = 57,1 M€/saison ; FC Porto avec MEO/Altice = 41,5 M€/saison ; Sporting estimé 25-35 M€/saison ; petits clubs entre 3 et 10 M€. Total estimé : 120-150 M€/saison. Centralisation prévue à partir de 2028-2029 ("Liga Centralização"), avec objectif de 300 M€/saison.
Sources : TeamFootball, Trivela, Portugal.fr.
Vote du 20 décembre 2024. DAZN 84,2 M€/saison sur 5 ans, en baisse vs précédent (103 M€/saison). Avec internationaux + autres revenus, total visé 93 M€/saison. Actualité chaude : DAZN a tenté de rompre le contrat fin 2025, ramené à l'ordre par arbitrage Cepani en janvier 2026.
Sources : Sportcal, VideoWeek (arbitrage Cepani).
Deux contrats parallèles selon le SPFL Annual Report : Sky Sports £30M/saison (60 matchs sur 228) + Premier Sports £3,2M/saison (20 matchs supplémentaires). Total : £33M/saison ≈ 38-40 M€/saison. Ridicule en valeur absolue, mais à mettre en regard de la population : 5,5 millions d'habitants vs 68 millions en France. Par habitant, l'Écosse pèse plus que la France.
Sources : SPFL Annual Report, Sky Sports.
Accord en mai 2024 entre Swiss Football League + Blue Sport (Swisscom) + SRG SSR pour 2025/26 à 2029/30. Montants non rendus publics. Cycle précédent (2017-2021) : CHF 30M+/saison ≈ 31,4 M€/saison. Estimation 2025-2030 : ~35-40 M€/saison.
Sources : SportBusiness, Swisscom officiel.
Avec ses 330 M€/saison, la Ligue 1 française se trouve dans une zone incertaine. Trop loin des 4 grands championnats pour rivaliser économiquement, encore au-dessus de la Süper Lig, de l'Eredivisie, du Pro League belge et bien sûr de la Suisse et de l'Écosse. Mais cette position est fragile et tendancielle. Trois scénarios sont possibles à 5 ans.
Scénario stabilisation. Ligue 1+ atteint 1,5 à 2 millions d'abonnés stables, le piratage est ramené à 20-25 %, les revenus se calent autour de 200-250 M€/saison domestiques (plus 130-150 M€ international). Le modèle direct-to-consumer devient la nouvelle norme du foot français. C'est un appauvrissement structurel, mais une survie autonome.
Scénario rebond. Un partenariat est trouvé en 2027-2028 avec un acteur global (Apple, Netflix, Disney+, ou un nouvel entrant chinois). Les revenus remontent à 400-500 M€/saison. Possible, si l'appel d'offres 2029-2034 — recommandé par Tavernost avant son départ — est bien préparé. Et si la gouvernance tient, ce qui est loin d'être acquis.
Scénario crash. Ligue 1+ ne dépasse jamais 1,5 million d'abonnés, le piratage continue, plusieurs clubs entrent en redressement (Lyon est déjà fragilisé), et la Ligue se retrouve dans une situation de quasi-faillite à la fin du cycle 2024-2029. La Liga Portugal centralisée nous dépasse en 2028. Une refondation politique de la LFP devient inévitable.
Pour l'instant, personne ne sait dans quel scénario on se trouve. Mais une chose est certaine : après quarante ans d'inflation portée par la concurrence Canal+/TPS/Orange/beIN/Mediapro/Amazon/DAZN, le foot français a dû reprendre son destin en main, faute de mieux. Ce n'est ni un projet visionnaire ni une catastrophe — c'est une survie négociée, dans un contexte où aucune des cinq raisons structurelles du décrochage n'a été sérieusement attaquée.
Le foot français a démontré ces dernières années une rare capacité à se tirer dans les pieds. La question, maintenant, c'est de savoir s'il aura assez de pieds pour les prochaines années.
1 article sur Économie du football