Les coulisses du football
Accueil
Thèmes
ArbitrageÉconomie du footballParc des PrincesDNCG
DNCG

Rapport DNCG 2024-2025 : l'essentiel et les pépites

Auteur : Julien·Mis à jour le 02/04/2026

Le football pro français a perdu 542 M€ nets en 2024/25 — deux fois pire que l'année précédente. La fin de la rente CVC fait s'effondrer les produits, le PSG dévore 39 % des revenus L1, et la Ligue 1 décroche en 5ᵉ position européenne. Je décrypte le rapport DNCG en 16 pépites.

Rapport DNCG 2024-2025 : l'essentiel et les pépites

Ce qu'il faut retenir

Le chiffre qui choque : -542 M€

C'est la perte nette cumulée du football pro français en 2024/2025. Deux fois pire que l'an dernier. Sans les transferts (+886 M€), le déficit d'exploitation atteindrait -1,4 milliard €. Autant dire que le modèle économique français est officiellement sous perfusion.

Télécharger le PDF complet du rapport


1. Le grand tableau L1 + L2

2023/242024/25Variation
Produits d'exploitation2 872 M€2 363 M€-18 %
Résultat d'exploitation-984 M€-1 404 M€-43 %
Mutations+805 M€+886 M€+10 %
Résultat net-270 M€-542 M€-101 %
Capitaux propres595 M€884 M€+49 %
Résultat net cumulé L1 + L2 (M€)
2023/24
-270 M€
2024/25
-542 M€

Lecture : la chute des produits (-509 M€) vient à 96 % d'un seul poste — « Autres produits » (-491 M€). Pourquoi ? Fin partielle de l'accord CVC Capital Partners. La rente s'éteint, les comptes s'effondrent.

Côté charges, c'est presque stable (-2 %). Les clubs ont commencé à serrer la vis sur les salaires, mais pas assez vite face à l'effondrement des revenus.

Pépite #1 — Les actionnaires épongent en silence : les « abandons / reprises de comptes courants » passent de -13 M€ à +112 M€ en un an. Traduction concrète : les propriétaires ont effacé 112 M€ de dettes que les clubs leur devaient, juste pour limiter la casse comptable. Discret, mais massif.


2. Ligue 1 — Le trou de 466 millions

L'essentiel chiffré

Le PSG, c'est la moitié de la Ligue 1

Part du PSG dans les revenus de la Ligue 1 (2024/25)
  • PSG38,7 % (39 %)
  • 17 autres clubs61,3 % (61 %)

Pépite #2 — Le PSG seul génère plus de revenus que les 12 derniers clubs cumulés. Et plus de droits TV que les 14 clubs non qualifiés en Champions League réunis.

Pépite #3 — Le sacre européen rapporte 185,7 M€ au PSG : entre droits AV UEFA et billetterie des matchs européens. Pour donner une échelle, c'est l'équivalent du budget total annuel de plusieurs clubs de Ligue 2 réunis.

La nouvelle dépendance européenne

66 % des droits TV des clubs européens viennent désormais de l'UEFA (vs 53 % l'an passé). En gros, les nouveaux formats Champions League ont gonflé les revenus européens au point qu'ils écrasent tout le reste.

Part des droits TV venant de l'UEFA (clubs L1 qualifiés, 2024/25)
Brest
84 %
Lille
76 %
Monaco
73 %
Moyenne européenne
66 %

Pépite #4 — Brest : un club entièrement dépendant de la Champions League. 84 % de ses droits TV viennent de l'Europe. Sans son parcours européen surprise, le club s'effondre. Lille (76 %) et Monaco (73 %) sont presque dans la même situation. Vertigineux.

La billetterie, un point lumineux

Pas d'inflation des billets, plus de monde dans les stades. Une bonne nouvelle dans un océan de mauvaises. On prend.

Pépite #5 — Monaco, ce club fantôme dans son stade : 15ᵉ en recettes billetterie alors qu'il est 3ᵉ sportif. Louis-II reste désespérément vide en championnat.

La masse salariale s'ajuste

Pépite #6 — Strasbourg, la performance de l'année : 14ᵉ budget de Ligue 1, mais 7ᵉ sportif. Qualifié en Coupe d'Europe avec une masse salariale d'environ 60 M€ — pendant que Rennes (4ᵉ budget) finit 12ᵉ et que Saint-Étienne (15ᵉ budget) descend en Ligue 2.

Budget vs réel : tout le monde s'est trompé

Budget initialRéelÉcart
Résultat net-122 M€-461 M€-339 M€

Le résultat réel est 3,8× pire que prévu. Les clubs ont surévalué leurs droits TV (-83 M€) et sous-estimé leur masse salariale (+129 M€). Franchement, un tel écart entre prévisions et réalité, ça interroge sur la qualité des projections financières dans le foot français.

3 groupes de clubs L1

GroupeMasse salarialeClubsRésultat net cumulé
1> 80 M€PSG, OM, OL, Lille, Monaco, Nice, Rennes-336 M€
240-80 M€Brest, Lens, Montpellier, Nantes, Reims, Strasbourg-71 M€
3< 40 M€Angers, Auxerre, Le Havre, Saint-Étienne, Toulouse-59 M€

Pépite #7 — Les « gros » sont les plus déficitaires. Le Groupe 1 concentre 70 % des pertes totales. Le PSG, l'OL, l'OM, Lille, Monaco, Nice et Rennes ont perdu à eux sept 336 M€. Ce ne sont pas les petits clubs qui plombent les comptes, ce sont les ambitieux. Résultat : plus tu investis, plus tu perds.

11 clubs sur 18 sont dans le rouge

7 clubs perdent plus de 25 M€ chacun (vs 4 l'an passé, 3 il y a deux ans). La dégradation s'accélère. Dommage.


3. Ligue 2 — Une amélioration qui cache l'effondrement

Le grand écart

Lecture : ce sont les transferts qui sauvent la mise. L'activité d'exploitation, elle, va de plus en plus mal. Derrière les chiffres rassurants, le moteur tourne à vide.

Les chiffres clés

Le grand public déserte les stades

Pépite #8 — Le foot L2 perd ses spectateurs occasionnels. Les abonnés (qui paient à l'année) restent fidèles, mais les « supporters de passage » ont chuté de 30 % en un an. Symptôme d'un produit qui peine à attirer hors de son cercle de fidèles.

La promotion en L1 devient un piège

Cas concret de la saison 2024/25 :

Pépite #9 — Angers a touché MOINS de droits TV en Ligue 1 qu'en Ligue 2 l'année précédente. À cause de la crise des droits TV L1, monter dans l'élite peut désormais entraîner une perte de revenus. C'est inédit dans l'histoire récente du foot français.

Les paradoxes du classement L2

Les actionnaires recapitalisent en force

Les rachats récents (Bordeaux par Fenway/Lopez, restructurations de Lorient, Caen, Paris FC sous Arnault) ont fait pleuvoir l'argent en L2. Du cash injecté en masse — mais pour combien de temps ?


4. Le marché des agents — Première baisse en 10 ans

Pépite #10 — Le marché des agents est ultra-concentré : 9 agents (3 % de la profession) captent 27 % des commissions totales. Et 47 agents (13 %) captent 67 %. Commission moyenne : 400 K€. Commission médiane : 93 K€. Quelques grosses écuries dévorent presque tout.

Pépite #11 — Les agents influencent 62 % des charges des clubs. En agissant sur les salaires et les indemnités de mutation, ils orchestrent indirectement 2,3 milliards d'euros de dépenses chaque année. Cette part est stable depuis 10 ans, mais le volume, lui, a doublé.


5. Benchmark européen — Le décrochage confirmé

Revenu moyen par club

ChampionnatRevenu moyen
Premier League374 M€
Bundesliga226 M€
Liga189 M€
Serie A156 M€
Ligue 1120 M€
Revenu moyen par club, top 5 championnats européens (M€)
Premier League
374 M€
Bundesliga
226 M€
Liga
189 M€
Serie A
156 M€
Ligue 1
120 M€

La Premier League génère 3,1× plus que la Ligue 1 en revenu moyen par club.

Le PSG tient la comparaison… seul

Rang dans son championnatClubRevenu (M€)
1ᵉʳ LigaReal Madrid1 056
1ᵉʳ Premier LeagueMan City838
1ᵉʳ Ligue 1PSG837
1ᵉʳ BundesligaBayern781

Le PSG est le 3ᵉ revenu européen. Bon. Mais derrière lui, le décrochage est brutal :

Pépite #12 — Les 4 clubs derrière le PSG cumulent moins de revenus que le PSG seul. Lille + Marseille + Lyon + Monaco = 657 M€. PSG seul = 837 M€.

La Ligue 1, championnat le plus inégalitaire d'Europe

ChampionnatCoefficient de Gini
Ligue 10,55
Liga0,53
Serie A0,40
Bundesliga0,38
Premier League0,32
Coefficient de Gini des revenus (plus c'est haut, plus c'est inégalitaire)
Ligue 1
0,6
Liga
0,5
Serie A
0,4
Bundesliga
0,4
Premier League
0,3

Pépite #13 — Le Gini de la L1 a sauté de 0,49 à 0,55 en un an. L'inégalité explose, alors que la Premier League tourne autour de 0,32 — un championnat bien plus équilibré, malgré sa fameuse « Big Six » qui se partage les premiers rangs.

Pépite #14 — Ratio max/min en Premier League : 5,4. En Ligue 1 : 40,6. Le PSG (837 M€) gagne 40 fois plus qu'Angers (21 M€). Manchester City (838 M€) ne gagne « que » 5,4 fois plus que Luton (le moins riche de PL). C'est ça, l'écart de modèle. 40 contre 5. Vertigineux.

Pépite #15 — Le PSG concentre 39 % des revenus de la Ligue 1. C'est la concentration la plus extrême d'Europe, devant le Real Madrid (28 % de la Liga) et le Bayern (19 % de la Bundesliga). La France est le seul grand championnat européen avec un profil « monoclub ».

Un championnat « low-cost » à l'entrée

Pour ne pas être reléguéPour aller en Coupe d'Europe
Ligue 141 M€39 M€
Bundesliga156 M€101 M€
Premier League218 M€321 M€

Pépite #16 — En Ligue 1, on peut se qualifier en Coupe d'Europe avec 8× moins d'argent qu'en Premier League. C'est à la fois une opportunité réelle (le modèle est accessible aux outsiders comme Strasbourg ou Brest) et une faiblesse structurelle profonde (capacité d'investissement très limitée pour rivaliser sportivement au niveau européen).


6. Ce qu'il faut vraiment retenir

  1. 1Le modèle est sous perfusion d'actionnaires. Sans les +1,5 milliard € de fonds propres et comptes courants injectés ces 4 dernières années, plusieurs dizaines de clubs auraient déposé le bilan.
  2. 2Les transferts sont devenus le poumon économique. Sans les 886 M€ de plus-values, le résultat opérationnel cumulé serait à -1,4 milliard. Aucun autre championnat européen ne dépend autant de ses ventes de joueurs.
  3. 3Le PSG dévore tout. 39 % des revenus, 33 % des droits TV, 45 % du sponsoring, 31 % des salaires. Et le club a engrangé 185 M€ supplémentaires grâce à sa victoire en Champions League. L'écart se creuse chaque année.
  4. 4La fin de l'accord CVC fait mal. -491 M€ sur les « autres produits » cumulés en un an. Les clubs avaient anticipé la rente plus longtemps — d'où l'écart de 339 M€ entre budget et réel.
  5. 5La promotion en L1 n'est plus une garantie. Angers a perdu 39 % de revenus en montant. La crise des droits TV transforme l'élite en piège pour les nouveaux promus.
  6. 6Le décrochage européen s'accélère. La Ligue 1 est désormais 5ᵉ/5 en revenus moyens, et 1ʳᵉ en inégalités. Le Gini est passé de 0,49 à 0,55 en un an.
  7. 7La masse salariale s'ajuste enfin. -10 % chez les joueurs pros L1 (effet Mbappé), -16 % en L2. Mais les amortissements de transferts continuent de monter, et les staffs se paient plus cher.
  8. 8Le marché des agents stagne aussi. Première baisse en 10 ans (-11 %). Mais 9 agents continuent de capter 27 % des commissions — la profession reste ultra-concentrée.

À lire aussi

2 articles sur DNCG

Article
Date
DNCG : actualités et infos live
15/05/2026
Projet de rachat des Girondins de Bordeaux : Franck Tuil face à l'héritage Lopez
17/05/2026
Voir tous les articles « DNCG »