Le football pro français a perdu 542 M€ nets en 2024/25 — deux fois pire que l'année précédente. La fin de la rente CVC fait s'effondrer les produits, le PSG dévore 39 % des revenus L1, et la Ligue 1 décroche en 5ᵉ position européenne. Je décrypte le rapport DNCG en 16 pépites.

C'est la perte nette cumulée du football pro français en 2024/2025. Deux fois pire que l'an dernier. Sans les transferts (+886 M€), le déficit d'exploitation atteindrait -1,4 milliard €. Autant dire que le modèle économique français est officiellement sous perfusion.
| 2023/24 | 2024/25 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Produits d'exploitation | 2 872 M€ | 2 363 M€ | -18 % |
| Résultat d'exploitation | -984 M€ | -1 404 M€ | -43 % |
| Mutations | +805 M€ | +886 M€ | +10 % |
| Résultat net | -270 M€ | -542 M€ | -101 % |
| Capitaux propres | 595 M€ | 884 M€ | +49 % |
Lecture : la chute des produits (-509 M€) vient à 96 % d'un seul poste — « Autres produits » (-491 M€). Pourquoi ? Fin partielle de l'accord CVC Capital Partners. La rente s'éteint, les comptes s'effondrent.
Côté charges, c'est presque stable (-2 %). Les clubs ont commencé à serrer la vis sur les salaires, mais pas assez vite face à l'effondrement des revenus.
Pépite #1 — Les actionnaires épongent en silence : les « abandons / reprises de comptes courants » passent de -13 M€ à +112 M€ en un an. Traduction concrète : les propriétaires ont effacé 112 M€ de dettes que les clubs leur devaient, juste pour limiter la casse comptable. Discret, mais massif.
Pépite #2 — Le PSG seul génère plus de revenus que les 12 derniers clubs cumulés. Et plus de droits TV que les 14 clubs non qualifiés en Champions League réunis.
Pépite #3 — Le sacre européen rapporte 185,7 M€ au PSG : entre droits AV UEFA et billetterie des matchs européens. Pour donner une échelle, c'est l'équivalent du budget total annuel de plusieurs clubs de Ligue 2 réunis.
66 % des droits TV des clubs européens viennent désormais de l'UEFA (vs 53 % l'an passé). En gros, les nouveaux formats Champions League ont gonflé les revenus européens au point qu'ils écrasent tout le reste.
Pépite #4 — Brest : un club entièrement dépendant de la Champions League. 84 % de ses droits TV viennent de l'Europe. Sans son parcours européen surprise, le club s'effondre. Lille (76 %) et Monaco (73 %) sont presque dans la même situation. Vertigineux.
Pas d'inflation des billets, plus de monde dans les stades. Une bonne nouvelle dans un océan de mauvaises. On prend.
Pépite #5 — Monaco, ce club fantôme dans son stade : 15ᵉ en recettes billetterie alors qu'il est 3ᵉ sportif. Louis-II reste désespérément vide en championnat.
Pépite #6 — Strasbourg, la performance de l'année : 14ᵉ budget de Ligue 1, mais 7ᵉ sportif. Qualifié en Coupe d'Europe avec une masse salariale d'environ 60 M€ — pendant que Rennes (4ᵉ budget) finit 12ᵉ et que Saint-Étienne (15ᵉ budget) descend en Ligue 2.
| Budget initial | Réel | Écart | |
|---|---|---|---|
| Résultat net | -122 M€ | -461 M€ | -339 M€ |
Le résultat réel est 3,8× pire que prévu. Les clubs ont surévalué leurs droits TV (-83 M€) et sous-estimé leur masse salariale (+129 M€). Franchement, un tel écart entre prévisions et réalité, ça interroge sur la qualité des projections financières dans le foot français.
| Groupe | Masse salariale | Clubs | Résultat net cumulé |
|---|---|---|---|
| 1 | > 80 M€ | PSG, OM, OL, Lille, Monaco, Nice, Rennes | -336 M€ |
| 2 | 40-80 M€ | Brest, Lens, Montpellier, Nantes, Reims, Strasbourg | -71 M€ |
| 3 | < 40 M€ | Angers, Auxerre, Le Havre, Saint-Étienne, Toulouse | -59 M€ |
Pépite #7 — Les « gros » sont les plus déficitaires. Le Groupe 1 concentre 70 % des pertes totales. Le PSG, l'OL, l'OM, Lille, Monaco, Nice et Rennes ont perdu à eux sept 336 M€. Ce ne sont pas les petits clubs qui plombent les comptes, ce sont les ambitieux. Résultat : plus tu investis, plus tu perds.
7 clubs perdent plus de 25 M€ chacun (vs 4 l'an passé, 3 il y a deux ans). La dégradation s'accélère. Dommage.
Lecture : ce sont les transferts qui sauvent la mise. L'activité d'exploitation, elle, va de plus en plus mal. Derrière les chiffres rassurants, le moteur tourne à vide.
Pépite #8 — Le foot L2 perd ses spectateurs occasionnels. Les abonnés (qui paient à l'année) restent fidèles, mais les « supporters de passage » ont chuté de 30 % en un an. Symptôme d'un produit qui peine à attirer hors de son cercle de fidèles.
Cas concret de la saison 2024/25 :
Pépite #9 — Angers a touché MOINS de droits TV en Ligue 1 qu'en Ligue 2 l'année précédente. À cause de la crise des droits TV L1, monter dans l'élite peut désormais entraîner une perte de revenus. C'est inédit dans l'histoire récente du foot français.
Les rachats récents (Bordeaux par Fenway/Lopez, restructurations de Lorient, Caen, Paris FC sous Arnault) ont fait pleuvoir l'argent en L2. Du cash injecté en masse — mais pour combien de temps ?
Pépite #10 — Le marché des agents est ultra-concentré : 9 agents (3 % de la profession) captent 27 % des commissions totales. Et 47 agents (13 %) captent 67 %. Commission moyenne : 400 K€. Commission médiane : 93 K€. Quelques grosses écuries dévorent presque tout.
Pépite #11 — Les agents influencent 62 % des charges des clubs. En agissant sur les salaires et les indemnités de mutation, ils orchestrent indirectement 2,3 milliards d'euros de dépenses chaque année. Cette part est stable depuis 10 ans, mais le volume, lui, a doublé.
| Championnat | Revenu moyen |
|---|---|
| Premier League | 374 M€ |
| Bundesliga | 226 M€ |
| Liga | 189 M€ |
| Serie A | 156 M€ |
| Ligue 1 | 120 M€ |
La Premier League génère 3,1× plus que la Ligue 1 en revenu moyen par club.
| Rang dans son championnat | Club | Revenu (M€) |
|---|---|---|
| 1ᵉʳ Liga | Real Madrid | 1 056 |
| 1ᵉʳ Premier League | Man City | 838 |
| 1ᵉʳ Ligue 1 | PSG | 837 |
| 1ᵉʳ Bundesliga | Bayern | 781 |
Le PSG est le 3ᵉ revenu européen. Bon. Mais derrière lui, le décrochage est brutal :
Pépite #12 — Les 4 clubs derrière le PSG cumulent moins de revenus que le PSG seul. Lille + Marseille + Lyon + Monaco = 657 M€. PSG seul = 837 M€.
| Championnat | Coefficient de Gini |
|---|---|
| Ligue 1 | 0,55 |
| Liga | 0,53 |
| Serie A | 0,40 |
| Bundesliga | 0,38 |
| Premier League | 0,32 |
Pépite #13 — Le Gini de la L1 a sauté de 0,49 à 0,55 en un an. L'inégalité explose, alors que la Premier League tourne autour de 0,32 — un championnat bien plus équilibré, malgré sa fameuse « Big Six » qui se partage les premiers rangs.
Pépite #14 — Ratio max/min en Premier League : 5,4. En Ligue 1 : 40,6. Le PSG (837 M€) gagne 40 fois plus qu'Angers (21 M€). Manchester City (838 M€) ne gagne « que » 5,4 fois plus que Luton (le moins riche de PL). C'est ça, l'écart de modèle. 40 contre 5. Vertigineux.
Pépite #15 — Le PSG concentre 39 % des revenus de la Ligue 1. C'est la concentration la plus extrême d'Europe, devant le Real Madrid (28 % de la Liga) et le Bayern (19 % de la Bundesliga). La France est le seul grand championnat européen avec un profil « monoclub ».
| Pour ne pas être relégué | Pour aller en Coupe d'Europe | |
|---|---|---|
| Ligue 1 | 41 M€ | 39 M€ |
| Bundesliga | 156 M€ | 101 M€ |
| Premier League | 218 M€ | 321 M€ |
Pépite #16 — En Ligue 1, on peut se qualifier en Coupe d'Europe avec 8× moins d'argent qu'en Premier League. C'est à la fois une opportunité réelle (le modèle est accessible aux outsiders comme Strasbourg ou Brest) et une faiblesse structurelle profonde (capacité d'investissement très limitée pour rivaliser sportivement au niveau européen).
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