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GIRONDINS DE BORDEAUX

Projet de rachat des Girondins de Bordeaux : Franck Tuil face à l'héritage Lopez

Auteur : Julien·Mis à jour le 17/05/2026

Le rachat des Girondins de Bordeaux est un sacré sujet avec des risques évidents de iquidation. On va essayer de faire le point et de mieux comprendre tout bordel !

Ce qu'il faut retenir

Statut au 17/05/2026 : négociations exclusives en cours. Gérard Lopez et l'investisseur français Franck Tuil (fonds Sparta Capital, Londres) négocient une cession majoritaire des Girondins. L'opération doit aboutir avant la DNCG de fin juin 2026, qui exige 7 à 9 M€ pour éviter la liquidation.

Trois choses à retenir :

Points forts et fragiles

Points forts
Points fragiles

Chronologie

Dates clés et infos clés du projet (ordre décroissant)

17 mai 2026

L'Équipe et RMC Sport confirment les négociations exclusives entre Gérard Lopez et Franck Tuil pour une cession majoritaire des Girondins

16 mai 2026
  • Sud Ouest révèle le dossier ;
  • Tuil aurait déjà rencontré à deux reprises le nouveau maire de Bordeaux et la direction opérationnelle du Haillan
1er août 2025

Bordeaux Métropole reprend en régie publique la gestion du Matmut Atlantique, renommé Stade Atlantique ; créance de 20 M€ encore à renégocier avec le club

30 juin 2025

Oliver Kahn s'explique publiquement sur son retrait du dossier dans une interview à Beyong Business Cast

24 juin 2025
  • Le tribunal de commerce de Bordeaux valide le plan de continuation (réduction de 94 à 26 M€ de dette) ; la DNCG maintient le club en National 2 avec encadrement de la masse salariale ;
  • Lopez verse 9 M€
13 juin 2025

Audience décisive du tribunal de commerce sur le plan de continuation

2 juin 2025

Oliver Kahn retire son offre de 50 M€ après l'ouverture de la data room, refroidi par les éléments comptables et juridiques transmis

Mai 2025

Lopez, entendu par le tribunal de commerce, est pourchassé et insulté par une cinquantaine de supporters dans les rues de Bordeaux ; il confie au JDD avoir « laissé 40 millions d'euros » dans le club

Janvier 2025

Oliver Kahn (avec Jacques-Henri Eyraud, ancien président de l'OM) dépose une offre formelle de rachat

2 octobre 2024

Enquête de Mediapart sur les pratiques financières de Lopez : commissions juteuses et intérêts faramineux versés à La Dynamie, holding du propriétaire

12 août 2024

La commission d'appel de la DNCG confirme la rétrogradation administrative des Girondins en National 2

1er août 2024

La commission fédérale de la DNCG rétrograde administrativement le club en National 2 (passif chiffré à 118 M€)

22 juillet 2024

Fenway Sports Group (propriétaire de Liverpool) renonce à son projet de rachat, refroidi par les demandes du club sur le stade

Été 2024

Plan social touchant près de 100 personnes au château du Haillan ; abandon du statut professionnel ; dissolution du centre de formation ; rétrogradation administrative de l'équipe féminine

22 avril 2024

Le club est placé sous protection du tribunal de commerce de Bordeaux, ouvrant la procédure de redressement judiciaire

5 juillet 2022

Le CNOSF maintient les Girondins en Ligue 2 BKT après leur appel devant la DNCG, évitant une première rétrogradation administrative

18 août 2021

Convention de « conseils organisationnels, stratégiques et de management » signée trois semaines après le rachat, par laquelle le club s'engage à verser 3,3 M€ à La Dynamie, holding contrôlée par Lopez

Juillet 2021

Rachat officiel du club par Gérard Lopez via sa holding luxembourgeoise Jogo Bonito

22 juin 2021

Accord conclu entre Lopez, King Street et Fortress : Lopez injecte 7,5 M€ de capitaux propres, reprend 20 M€ de dette envers les actionnaires sortants, le club apporte environ 5 M€

Détails par période

Le 16 mai 2026, vers 22 h, le quotidien Sud Ouest fait tomber une révélation qui rebat les cartes du dossier le plus toxique du football français. Gérard Lopez, propriétaire des Girondins de Bordeaux depuis juillet 2021 via sa holding luxembourgeoise Jogo Bonito, est entré en négociations exclusives avec l'investisseur français Franck Tuil pour une cession majoritaire du club. Quelques heures plus tôt, à Avranches, les Girondins de Rio Mavuba ont arraché un match nul 3-3 qui scelle leur deuxième saison en National 2. L'Équipe et RMC Sport confirment la nouvelle dès le lendemain matin, le 17 mai.

L'opération doit aboutir avant la fin du mois de juin 2026 et le rendez-vous, devenu rituel, devant la Direction nationale du contrôle de gestion. Selon Sud Ouest, 7 à 9 M€ sont nécessaires pour couvrir le déficit prévisionnel de la saison 2026-2027, les échéances du plan de continuation, et permettre au club de repasser ses fonds propres dans le positif. C'est exactement le montant que Tuil mettrait sur la table.

Le dossier est dense parce qu'il télescope, en un seul nœud, cinq ans de chute libre, deux tentatives de rachat avortées, une procédure de redressement judiciaire à peine refermée, et l'arrivée à Bordeaux d'un investisseur dont la grammaire — fonds activiste basé à Londres, ex-Elliott — n'a rien à voir avec celle d'un mécène patient. Les accordéons qui suivent déplient ces couches.

« Un télescopage à 22 h » : le soir du 16 mai 2026

L'avenir des Girondins de Bordeaux a peut-être basculé le samedi 16 mai 2026 au soir, dans un mouvement de pince qui n'avait rien d'organisé. D'un côté, le club au scapulaire jouait sa dernière chance d'accession en Ligue 3 sur la pelouse d'Avranches. En menant 3-1 puis en concédant le 3-3 dans les ultimes minutes, l'équipe de Rio Mavuba s'est résignée à terminer deuxième de son groupe de National 2. La Roche-sur-Yon, en s'imposant à Locminé, a décroché la promotion directe. Bordeaux conserve un espoir de repêchage administratif si trois clubs supérieurs sont rétrogradés en cascade, mais l'hypothèse est statistiquement faible.

De l'autre côté, à 22 h 05, Footmercato relaie l'information de Sud Ouest : Lopez négocie sa sortie. Les deux annonces tombent dans un intervalle de quelques heures, et le rapprochement n'est pas anodin. Cinq ans après son rachat de 2021, Lopez quitterait le navire au moment précis où l'horizon sportif d'une remontée s'éloigne. La synchronisation suggère que l'opération n'est pas une opportunité née la veille : elle se préparait, et la fin de saison sportive n'était qu'un repère dans le calendrier.

L'enchaînement précédent vaut d'être rappelé. Il y a un an, le 24 juin 2025, le tribunal de commerce de Bordeaux validait le plan de continuation porté par Lopez, après le retrait, vingt-deux jours plus tôt, d'Oliver Kahn et Jacques-Henri Eyraud. À cette date, Lopez restait seul à bord et plaidait une remontée progressive vers la Ligue 1 d'ici 2030. Onze mois plus tard, il s'apprête à céder la majorité du club à un fonds londonien. L'engagement de 2025 s'effondre, ou se reconfigure, c'est selon.

Qui est Franck Tuil, l'homme à 9 millions d'euros

Franck Tuil n'est pas une figure publique du football français. Polytechnicien, titulaire de la certification CFA, il a passé l'essentiel de sa carrière à Londres dans le monde feutré des fonds activistes. Selon Crunchbase et Zonebourse, il a notamment exercé chez Morgan Stanley avant de rejoindre Elliott Advisors, la branche britannique d'Elliott Management Corporation, pour plus de vingt ans. Il y est devenu un lieutenant de confiance de Gordon Singer, fils du fondateur Paul Singer et patron du bureau londonien.

Pendant ses années Elliott, Tuil pilote plusieurs campagnes activistes parmi les plus marquantes du fonds en Europe — notamment contre le groupe chimique allemand Bayer et le spiritueux français Pernod Ricard. Il quitte Elliott en 2020 et fonde Sparta Capital Management en janvier 2021. Le fonds, basé à Londres, se concentre sur des opportunités activistes en Europe, avec quelques campagnes publiques notables : une participation significative dans le fabricant de chaussures Dr Martens à partir de 2023, et une offensive sur le consultant pétrolier John Wood Group, analysée par Bloomberg comme une « classique de la grammaire activiste : pousser une société à restituer du cash à ses actionnaires ».

Du côté football, son CV est plus court mais ciblé. Il a siégé brièvement au conseil d'administration de l'Associazione Calcio Milan en 2018, lorsque Elliott prend le contrôle du club rossonero après le défaut de paiement de Li Yonghong. Et c'est aussi à Elliott qu'il croise pour la première fois la route de Gérard Lopez, en 2017, lors du rachat du LOSC Lille par ce dernier — Elliott étant le financeur principal de l'opération. La relation Tuil-Lopez n'est donc pas nouvelle : elle a près de neuf ans, et elle s'est nouée dans un dossier que Lopez a fini par perdre à Lille en décembre 2020, évincé par Elliott pour cause de dette devenue insoutenable.

Une vieille connaissance de Gérard Lopez

Le retour de Tuil dans la vie de Lopez, en mai 2026, ne ressemble pas à une rencontre fortuite. Les deux hommes se connaissent depuis le dossier LOSC, où Tuil, alors gestionnaire de portefeuilles chez Elliott Advisors, était l'un des interlocuteurs financiers de Lopez. À Lille, l'aventure se termine mal pour le hispano-luxembourgeois : en décembre 2020, comme l'a rapporté Footmercato, Elliott convoque Lopez et lui pose un ultimatum — soit le fonds sort et fait entrer de nouveaux investisseurs, soit Lopez quitte la gouvernance. C'est la seconde option qui sera retenue, et le LOSC passe sous la coupe de Callisto Sporting (Merlyn Partners). La dette du club lillois à l'époque était estimée selon les sources entre 130 M€ et 225 M€.

Six mois plus tard, en juillet 2021, Lopez réutilise un schéma similaire pour Bordeaux : rachat à un fonds américain en difficulté (King Street avait remplacé M6 au capital en 2018), reprise d'une dette de 20 M€ envers les actionnaires sortants et leur bailleur Fortress, apport personnel limité de 7,5 M€ — le détail a été publié par WebGirondins. À l'époque, il déclare avoir mis « du capital propre » et avoir agi pour « éviter le redressement judiciaire, synonyme de relégation ».

Que Tuil revienne aujourd'hui chercher Lopez à Bordeaux suggère deux lectures. La première : la confiance pré-construite des années Elliott rend la due diligence plus rapide et les négociations plus fluides — Tuil sait à quel genre de dossier il s'expose. La seconde : Lopez préfère négocier avec un interlocuteur connu plutôt qu'avec des repreneurs grand public comme Kahn, qu'il a publiquement éreintés au printemps 2025 (« il n'a jamais reçu de preuve de fonds. Venant d'Oliver Kahn, avec une carrière comme la sienne... c'était un peu choquant pour tout le monde, ridicule même »JDD, cité par Footmercato, juin 2025). Tuil n'aura pas droit à ce traitement.

Cinq ans de chute libre sous Lopez (2021-2026)

Le bilan sportif et économique des cinq années Lopez à Bordeaux est documenté et concordant : descente de la Ligue 1 à la Ligue 2 dès la première saison (2021-2022, pire saison historique du club en élite), deux exercices stagnants en Ligue 2 sans accession, rétrogradation administrative en National 2 à l'été 2024, et désormais une deuxième saison consécutive dans le quatrième échelon. Le statut professionnel, acquis en 1937, a été abandonné à l'été 2024, le centre de formation dissous, la section féminine rétrogradée administrativement, et près de 100 salariés du château du Haillan inscrits dans un plan social.

Le passif comptable a suivi la même pente. En octobre 2024, une enquête de Mediapart révèle ce que la presse spécialisée soupçonnait depuis des mois : moins de trois semaines après le rachat, le 18 août 2021, Lopez fait signer au club une « convention de conseils organisationnels, stratégiques et de management » l'engageant à verser 3,3 M€ à La Dynamie, holding qu'il contrôle (Mediapart, relayé par Footmercato, octobre 2024). L'enquête détaille aussi des intérêts faramineux versés aux sociétés associées et des prolongations de dettes en cascade. La dette du club, déjà héritée des 20 M€ King Street-Fortress, gonfle progressivement jusqu'à plus de 110 M€ en début 2025.

Sur le plan judiciaire, Lopez essuie en novembre 2024 une condamnation à du sursis au Luxembourg pour des affaires de faux et usage de faux liées à ses anciennes opérations Lotus F1 et à un club luxembourgeois (Laminute.info, novembre 2024). Ses autres clubs ont également mal fini : Mouscron, racheté en 2020, fait faillite en mai 2022 ; Boavista, au Portugal, a engagé une procédure pour échapper à « une liquidation inévitable » (Le Quotidien, Luxembourg). Le sortant de mai 2026 traîne ainsi un passif réputationnel qu'aucun repreneur ne peut ignorer.

Le plan de continuation : le squelette financier que Tuil va devoir habiller

L'opération Tuil n'arrive pas dans le vide : elle se greffe sur le plan de continuation validé par le tribunal de commerce de Bordeaux le 24 juin 2025, après une année de redressement judiciaire ouvert le 22 avril 2024. Comme l'a documenté France 3 Nouvelle-Aquitaine, ce plan prévoit de réduire la dette de 94 M€ à 26 M€, remboursée sur onze ans, avec un objectif déclaré de retour en Ligue 1 d'ici 2030.

Trois caractéristiques du plan structurent les marges de manœuvre de Tuil. D'abord, Lopez s'est engagé à injecter entre 33 et 69 M€ d'ici 2036, selon le rythme des performances sportives. Un virement de 9 M€ a été honoré dès le 23 juin 2025 pour boucler le budget de la saison 2025-2026. Si Tuil prend la majorité, c'est lui qui devra reprendre cet engagement dans des conditions négociées entre les deux actionnaires.

Ensuite, le principal créancier du plan n'est pas un fournisseur tiers ni un fonds extérieur, mais La Dynamie, la holding personnelle de Lopez. Ce statut de propriétaire-créancier lui confère un levier disproportionné sur toute renégociation future, et c'est précisément ce qui rendait le club difficile à vendre tant que Lopez ne consentait pas à en sortir (Dialectik Football, juillet 2025). La cession majoritaire à Tuil, si elle se finalise, ne supprime pas ce statut : Lopez restera créancier au titre des avances de trésorerie consenties depuis 2021.

Enfin, le tribunal a nommé un commissaire à l'exécution du plan, avec des points d'étape biannuels. Toute modification substantielle — apport en capital, restructuration, vente d'actifs — devra passer par cette supervision. Tuil hérite donc d'un club placé sous tutelle judiciaire douce pour les onze prochaines années, ce qui change la grammaire de la gouvernance qu'on peut y déployer.

Au passage, la déclaration la plus crue sur l'état des finances reste celle de Lopez lui-même au printemps 2025 : « Je vais y laisser 40 millions d'euros que je ne reverrai jamais » (JDD, cité par Dialectik Football, juillet 2025). La phrase éclaire, plus que tout audit, la valorisation résiduelle réelle du club.

La DNCG, dernier verrou avant l'été 2026

Le calendrier des prochaines semaines est commandé par un acteur que l'opération Tuil ne peut pas éviter : la Direction nationale du contrôle de gestion. Le passage devant la commission fédérale, attendu fin juin 2026, déterminera si le club peut jouer son nouvel exercice et dans quel championnat.

Trois éléments rythment ce rendez-vous. Premier élément, l'apport de cash. Selon les informations publiées par WebGirondins et reprises par L'Équipe, 7 à 9 M€ sont nécessaires pour couvrir le déficit prévisionnel 2026-2027, les échéances de dettes du plan de continuation, et faire repasser les fonds propres dans le positif. Si Tuil verse cette somme avant la fin juin, la barrière financière de la DNCG saute.

Deuxième élément, l'encadrement de la masse salariale. Lors du passage de juin 2025, la DNCG avait imposé un encadrement strict sur le budget 2025-2026. Cette contrainte reste un point de tension structurel : avec un budget prévisionnel de 6,98 M€ pour la saison écoulée et seulement 3,58 M€ de recettes propres estimées, le club a dépensé deux à trois fois plus que la quasi-totalité de ses concurrents de National 2 — un déséquilibre qui n'a de sens qu'avec un actionnaire qui comble la différence.

Troisième élément, le scénario du repêchage. Si la DNCG rétrograde administrativement plusieurs clubs de l'échelon supérieur, les Girondins, deuxième meilleur deuxième de National 2 derrière Bourges, peuvent espérer accéder en Ligue 3 (nouvelle dénomination du troisième niveau professionnel). Mais ce repêchage exige précisément la mobilisation des 7 à 9 M€ déjà mentionnés. Sans rachat Tuil — ou sans apport équivalent de Lopez seul — la promotion conditionnelle s'évanouit.

L'enjeu, formulé crûment, est que le rachat ne crée pas l'opportunité sportive : il neutralise simplement le risque de liquidation et permet de présenter un budget passable à la DNCG. Tout le reste — remontée, reconstruction du Haillan, retour à la Ligue 1 — relève d'un horizon que Tuil n'a pas encore commenté publiquement.

Métropole et mairie : une équation politique qui change de paramètres

Le dossier Girondins ne se joue pas seulement au tribunal de commerce et devant la DNCG. La dette du club envers Bordeaux Métropole, principalement constituée des loyers impayés du Matmut Atlantique, s'élève à près de 20 M€ selon les éléments publiés en mai 2025. Cette créance figure dans le détail du plan de continuation : un cumul de 11,99 M€ en classe 6 (créanciers bailleurs avec privilège) et 7,75 M€ en classe 11 (fournisseurs et chirographaires).

L'environnement politique vient justement de changer. Le 22 mars 2026, le député Renaissance Thomas Cazenave a remporté la mairie de Bordeaux face au sortant écologiste Pierre Hurmic, avec 50,95 % des suffrages. Puis, le 24 avril 2026, il a été élu président de Bordeaux Métropole, succédant à la socialiste Christine Bost. Le pouvoir local sur les Girondins — interlocuteur, créancier, bailleur du stade — a basculé en six semaines.

Que Tuil ait, selon Sud Ouest, déjà rencontré à deux reprises Cazenave avant la révélation publique du dossier change la lecture. Le repreneur potentiel sait que la renégociation de la dette stade passera par le nouveau président de la Métropole, et il a engagé le dialogue en amont. C'est précisément ce que Fenway Sports Group avait demandé en juillet 2024 et que Bordeaux Métropole avait alors refusé d'aborder à chaud — un communiqué officiel du 22 juillet 2024 mentionnait des « demandes très précises de FSG concernant le stade Matmut ». Les Américains avaient renoncé dans la semaine.

Autre paramètre, la reprise en régie publique du stade depuis le 1er août 2025. Bordeaux Métropole a mis fin au partenariat public-privé conclu en 2012 avec la Société Stade Bordeaux Atlantique. L'enceinte s'appelle désormais Stade Atlantique — le partenariat de naming avec Matmut s'est achevé en juillet 2025. La gestion publique coûte à la Métropole entre 8 et 10 M€ par an, et le loyer des Girondins, jadis fixé à 5 M€ puis ramené à 615 000 € en 2023, a été abaissé sous le million d'euros pour 2025-2026. C'est un point d'équilibre fragile que tout repreneur héritera.

Pourquoi Lopez sort maintenant (et qu'est-ce qu'il garde)

Que Lopez accepte aujourd'hui de céder la majorité après avoir refusé Fenway puis Kahn relève d'un faisceau de signaux convergents. D'abord, la fatigue financière. Le propriétaire a publiquement reconnu qu'il « ne reverra pas » 40 M€, et chaque saison de National 2 érode encore la valorisation. Ensuite, l'environnement politico-judiciaire s'est durci : condamnation au Luxembourg en novembre 2024, supporters hostiles au point de poursuivre Lopez jusqu'à son hôtel en mai 2025, enquête publique de Mediapart sur sa gestion en octobre 2024. Enfin, la perspective d'un nouvel apport DNCG, alors même que le club ne montera pas en Ligue 3 immédiatement, ressemble à un investissement à fonds perdus de plus pour l'actionnaire historique.

Le schéma annoncé est néanmoins celui d'une sortie partielle. Lopez conserve une participation minoritaire et des intéressements financiers liés à la remontée sportive. Il reste également créancier du club via les avances accumulées dans le plan de continuation. Sa holding La Dynamie continuera d'être le plus gros créancier du tableau jusqu'à l'extinction du plan en 2036. Si Tuil rachète la majorité, il prend la gouvernance mais hérite d'un actionnaire minoritaire qui détient un droit à dire et un droit à percevoir, sur les onze prochaines années.

Ce n'est donc pas un adieu, c'est un transfert de contrôle. Pour les supporters bordelais qui réclamaient l'éviction pure et simple de Lopez depuis 2024, la nuance comptera. Pour Tuil, elle est probablement assumée — il sait, mieux que personne, comment Elliott a évincé Lopez du LOSC en décembre 2020, et il sait quels leviers contractuels permettent de neutraliser un actionnaire minoritaire récalcitrant.

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